[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Vision de la France đŸ‡«đŸ‡· et des français 🐓 au SĂ©nĂ©gal 🇾🇳…

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(édition n°2107/2019)
(avec pour marraine Eva, expatriée au Japon)

ThÚme proposé :

VISION DE LA FRANCE ET DES FRANÇAIS DANS LE PAYS D’ADOPTION

 
~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~

 

 
 
Je ne dĂ©tiens pas de vĂ©ritĂ© universelle sur le sujet proposĂ© ce mois-ci. N’ayant ni la science infuse ni aucune compĂ©tence en sociologie, aborder ce nouveau thĂšme va donc ĂȘtre forcĂ©ment assez subjectif. Ce que je vais raconter peut paraĂźtre “clichĂ©”, j’en ai parfaitement conscience, mais c’est issu de mes propres expĂ©riences de vie au SĂ©nĂ©gal et ça n’engage donc que moi. Alors mieux vaut prĂ©venir que guĂ©rir ! Il faut bien se garder de gĂ©nĂ©raliser et de tirer des conclusions hĂątives. #LesClichĂ©sAurontToujoursLaVieDure Que les esprits chagrins passent leur chemin, inutile de se lancer dans une analyse de texte car il n’y a rien Ă  lire entre les lignes ni Ă  interprĂ©ter de travers…
 
 
 
 
Lors d’une prĂ©cĂ©dente Ă©dition des #HistoiresExpatriĂ©es, j’avais dĂ©jĂ  vaguement Ă©voquĂ© le sujet. Petite piqĂ»re de rappel :

« […]     Mais ce qui a Ă©tĂ© plutĂŽt inattendu pour moi c’est que les idĂ©es prĂ©conçues Ă©taient dans les deux camps.
Par exemple un jour, lors d’une discussion Ă  bĂątons rompus avec des sĂ©nĂ©galais sur nos modes de vie respectifs, j’ai dĂ©couvert avec stupĂ©faction la vision qu’ils avaient de nous ! Pour eux, les français n’avaient pas besoin de travailler pour vivre car tout-un chacun disposait d’autant d’argent que nĂ©cessaire, un peu comme si chaque personne possĂ©dait un arbre produisant des billets Ă  volontĂ©. Ils croyaient en plus que tout le monde vivait dans une immense maison luxueuse avec tout Ă  disposition. Ils pensaient aussi que chaque famille française avait toute une armĂ©e de domestiques, portant des gants blancs, pour la servir 24h/24. Bref, en rĂ©sumĂ©, que la France Ă©tait un pays bisounours oĂč tout le monde est beau, heureux, gentil, riche, toujours en bonne santĂ©, sans jamais aucun problĂšme ni le moindre souci. Ce jour-lĂ , les bras m’en Ă©taient tombĂ©s
   […] »

 
 
 
 

 « Toubab ! Donne-moi de l’argent ! » 

 
« Toubab ! Toubab ! Toubab ! Cadeau ! »
« Toubab ! Donne-moi de l’argent ! »
VoilĂ  ce qu’entend en boucle un français (ou tout autre occidental blanc). Et je dois avouer qu’Ă  la longue, malgrĂ© toute la meilleure volontĂ© du monde, c’est usant… (mais bon, le français est un indĂ©crottable rĂąleur jamais content, j’y reviendrai plus loin…)
Qu’on le veuille ou non, que l’on soit touriste ou expatriĂ©, il arrive inĂ©vitablement un moment oĂč l’on a la dĂ©sagrĂ©able impression d’ĂȘtre assimilĂ© Ă  un “porte-monnaie ambulant” au SĂ©nĂ©gal (comme dans d’autres pays d’Afrique ou d’ailleurs dans le monde). Cette Ă©tiquette “tu es blanc donc tu es blindĂ© de pognon” colle Ă  la peau, quoi que l’on fasse.
Les sollicitations (plus ou moins opportunistes) sont permanentes, on devient systĂ©matiquement l’ami de toujours (moins de cinq minutes aprĂšs avoir engagĂ© la conversation), le “frĂšre blanc” parce qu’au SĂ©nĂ©gal “niofar(=on est ensemble). Et, comme je l’ai dĂ©jĂ  racontĂ© prĂ©cĂ©demment, en tant que “membre de la famille Ă©largie”,  la tradition, les us et coutumes imposent le devoir d’entraide. C’est comme ça au pays de la teranga (=art de l’hospitalitĂ©). Étant donnĂ© que le “frĂšre blanc” français a largement les moyens (car bien sĂ»r, il est de notoriĂ©tĂ© publique que chaque français(e) est nĂ©(e) de la cuisse de Jupiter avec une cuillĂšre d’argent dans la bouche… Je serais curieuse de savoir ce qu’en pensent les milliers de gilets jaunes qui manifestent depuis des mois en France…), il doit donc encore plus aider, financiĂšrement parlant. CQFD. Il y a toujours quelque chose Ă  financer : des funĂ©railles ou toutes autres cĂ©rĂ©monies et fĂȘtes traditionnelles, des frais de santĂ© et autres consultations chez le marabout-guĂ©risseur, de scolaritĂ©, des parrainages plus ou moins obscurs, du “crĂ©dit” pour tĂ©lĂ©phones portables (pas d’abonnements mensuels au SĂ©nĂ©gal car pas de comptes bancaires, le systĂšme fonctionne par achats en cash de cartes prĂ©payĂ©es Ă  recharger), des cigarettes, des trucs “fatiguĂ©s” Ă  rĂ©parer, des dĂ©placements en taxi-brousse, etc. Le phĂ©nomĂšne est d’autant plus accentuĂ© dans les rĂ©gions touristiques.
 
Dans l’absolu, il n’est pas complĂštement farfelu de prĂ©tendre que la plupart des français sont des nantis par rapport Ă  l’Ă©crasante majoritĂ© des sĂ©nĂ©galais.
Sauf que tout est toujours relatif dans la vie…
Expliquer et (tenter de) faire comprendre Ă  un(e) sĂ©nĂ©galais(e), (sur)vivant au jour le jour dans des conditions rudimentaires et prĂ©caires, que la pauvretĂ© et la misĂšre humaine existent aussi en France, le pays de la solidaritĂ© nationale avec son gĂ©nĂ©reux et providentiel systĂšme d’aides sociales, c’est un exercice d’Ă©quilibriste assez surrĂ©aliste… Qui se transforme en dialogue de sourds dĂšs l’instant oĂč il est question de chiffres.
Oui, parce qu’elle est lĂ  la “thĂ©orie de la relativitĂ©”.
Un français dont les revenus ne suffisent pas Ă  joindre les deux bouts en France, vivrait confortablement au SĂ©nĂ©gal oĂč ces mĂȘmes revenus reprĂ©sentent lĂ -bas une petite fortune. Il s’agit lĂ  de la parfaite illustration de la notion de pouvoir d’achat que j’ai eu l’occasion d’aborder briĂšvement Ă  l’occasion d’un prĂ©cĂ©dent article (dans le cas de de figure de sĂ©nĂ©galais Ă©migrĂ©s en France et confrontĂ©s Ă  la vision qu’a d’eux leur propre famille restĂ©e au pays) :
« […]    Pour donner une idĂ©e, Ă  l’époque oĂč je vivais au SĂ©nĂ©gal (au milieu des annĂ©es 90), le SMIC local (thĂ©orique
 ça ne fonctionne pas du tout comme en France lĂ -bas) reprĂ©sentait Ă  peu prĂšs 55 € par mois (pour 40h/semaine) pendant qu’il s’élevait Ă  environ 940 € par mois (pour 40h/semaine) en France. La famille restĂ©e au pays ne comprenait pas qu’avec un tel salaire, leurs exilĂ©s ne transfĂ©raient pas plus d’argent. Ils avaient beau se justifier en expliquant le concept relatif de pouvoir d’achat et en accusant le coĂ»t de la vie français exorbitant par rapport au SĂ©nĂ©gal, seul le montant du salaire paraissant astronomique Ă©tait retenu.   […] »
 
Lors de ma parenthĂšse expatriĂ©e, il m’est arrivĂ© d’ĂȘtre interrogĂ©e par des sĂ©nĂ©galais(es) ne connaissant absolument pas la France, sur le (prĂ©tendu) train de vie opulent des français. Leurs yeux et leur bouche s’Ă©carquillaient au fur et Ă  mesure que je leur donnais un exemple sur combien pouvait coĂ»ter chaque mois loyer, alimentation, Ă©lectricitĂ©, gaz, eau, assurances, mutuelle, carburants/frais liĂ©s aux dĂ©placements, tĂ©lĂ©phone, habillement, taxes et impĂŽts, etc.
 
Donc oui, TOUT est relatif !
D’ailleurs il y en a qui l’ont bien compris car dĂšs l’heure venue, des troupeaux de baby-boomers fraĂźchement retraitĂ©s, dont la pension est insuffisante pour profiter dĂ©cemment de la vie en France, migrent en masse vers les cĂŽtes ensoleillĂ©es du SĂ©nĂ©gal. LĂ -bas, Ă  revenu Ă©gal, ils peuvent vivre comme des pachas avec du personnel de maison. La vie leur paraĂźt douce. Le calcul est vite fait et ils sont de plus en plus nombreux Ă  sauter le pas.
 
  đŸŽ¶đŸŽ”đŸŽ¶đŸŽ”đŸŽ¶đŸŽ”
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misĂšre
Serait moins pénible au soleil
  đŸŽ¶đŸŽ”đŸŽ¶đŸŽ”đŸŽ¶đŸŽ”
 
 
Cette image de “tirelire sur pattes” est entretenue par les comportements des touristes français en vacances au SĂ©nĂ©gal. Une fois lĂ -bas, ils sont alors pris d’un besoin irrĂ©pressible de donner quelque chose : de l’argent, des stylos, des craies, des cahiers, et/ou des cadeaux, principalement aux enfants qu’ils croisent sur leur chemin lors de balades ou d’excursions.
L’une des pires choses Ă  mes yeux, ce sont les bonbons distribuĂ©s par poignĂ©es ! Maintes fois j’ai Ă©tĂ© choquĂ©e de me retrouver face Ă  des enfants m’assaillant, la main tendue, en me criant la seule chose qu’ils savaient dire en français (ce n’est pas moi qui prĂ©tend ça gratuitement, ce sont les sĂ©nĂ©galais m’accompagnant qui m’ont dit que ces enfants ne savaient pas parler français.) “Toubab ! Toubab ! Toubab ! Bonbons !”. Si seulement ces touristes savaient les dĂ©sastres dentaires occasionnĂ©s par leurs sucreries… Ils sont persuadĂ©s faire le bien mais ils rĂ©pandent le mal sans s’en rendre compte. Les sĂ©nĂ©galais n’ont pas les moyens d’avoir une hygiĂšne dentaire “Ă  l’occidentale” (la mĂ©thode locale ? Se gratter les ratiches avec un bout de bois puis recracher la sciure produite par terre) et les dentistes leur sont inaccessibles (hors de prix et quasiment inexistants ailleurs qu’Ă  Dakar). Je vous laisse imaginer les douleurs provoquĂ©es par des caries non traitĂ©es, puis la boucherie lors de l’arrachage en mode systĂšme D sans aucune asepsie
 
ConfrontĂ©s au mode de vie local paraissant misĂ©rable Ă  leurs yeux (on ne peut pas complĂštement les accabler. Ne sachant pas comment les sĂ©nĂ©galais vivent, ils ne peuvent donc que comparer Ă  leur propre mode de vie en France. Encore une histoire de relativitĂ©…), les vacanciers français ont pitiĂ© et mettent la main au porte-monnaie pour accomplir (ce qu’ils pensent ĂȘtre) une bonne action.  Agissant ainsi, ils s’achĂštent surtout une bonne conscience en apaisant leur sentiment de culpabilitĂ© (mais coupable de quoi en fait ? D’ĂȘtre français ? Personne ne choisit de quel cĂŽtĂ© de la barriĂšre on naĂźt… On ne peut quand mĂȘme pas s’excuser de vivre !), alors qu’en rĂ©alitĂ© ils entretiennent bien malgrĂ© eux ce phĂ©nomĂšne pervers… Ils sont persuadĂ©s qu’ils sont les seuls Ă  vouloir faire preuve de gĂ©nĂ©rositĂ© et que ce n’est donc pas leur geste isolĂ© qui va gangrĂ©ner tout un systĂšme, mais ils ont tort car ils ne sont jamais les seuls Ă  donner…
Je ne compte plus le nombre de fois oĂč des sĂ©nĂ©galais eux-mĂȘmes m’ont expliquĂ©, dĂ©sabusĂ©s, que c’est un rĂ©el problĂšme qui se transforme en flĂ©au dans les zones les plus touristiques. Ils m’ont parlĂ© de leur dĂ©sarroi et leur impuissance Ă  faire comprendre aux jeunes gĂ©nĂ©rations qu’il faut travailler pour gagner l’argent nĂ©cessaire pour vivre, alors que ces jeunes constatent qu’ils n’ont qu’Ă  tendre la main aux toubabs pour recevoir plus que nĂ©cessaire (et mĂȘme parfois plus que leurs parents qui travaillent) sans rien faire. C’est un cercle devenu tellement vicieux que de plus en plus de jeunes opposent agressivitĂ© et menaces face aux rares toubabs refusant de leur donner quelque chose.
 
Je sais pertinemment que ce sujet est dĂ©licat Ă  aborder car systĂ©matiquement objet Ă  polĂ©miques avec moult avis divergents et controversĂ©s. Il n’existe pas de mode d’emploi standard du bon comportement Ă  adopter. Chacun agit en son Ăąme et conscience, encore faudrait-il justement avoir rĂ©ellement conscience des consĂ©quences de ses actes, aussi louables soient-ils…
 
 
 
Enfin, pour clore cette premiĂšre partie, je vais Ă©voquer un dernier aspect liĂ© Ă  l’image du “français = distributeur en chair et en os” qui existe au SĂ©nĂ©gal, l’autre cĂŽtĂ© du miroir, lubrique et parfois carrĂ©ment pervers
Lorsque j’ai dĂ©barquĂ© au SĂ©nĂ©gal, j’avais 22 ans et ne connaissais pas grand-chose d’autre que mon cocon familial privilĂ©giĂ©. Sans doute Ă©tais-je alors un peu trop ingĂ©nue. En tout cas, j’Ă©tais Ă  des annĂ©es-lumiĂšre d’imaginer l’ampleur du phĂ©nomĂšne jusqu’au jour totalement inattendu oĂč je l’ai pris en pleine poire Ă  domicile. Une adolescente Ă©tait venue sonner Ă  la maison pour proposer Ă  PhilĂ©as ses faveurs sexuelles tarifĂ©es (avec supplĂ©ment si je souhaitais participer Ă  la petite sauterie) sans aucune vergogne et aussi naturellement que si elle venait nous vendre un kilo de tomates.
Quelque peu mĂ©dusĂ©e par cet Ă©pisode, j’en avais discutĂ© (passablement embarrassĂ©e, et en prenant des pincettes) autour de moi, y compris avec quelques sĂ©nĂ©galais(es) de mon entourage. J’Ă©tais restĂ©e abasourdie lorsque l’on m’avait expliquĂ© (trĂšs sĂ©rieusement) que parvenir Ă  se faire entretenir par un(e) toubab Ă©tait considĂ©rĂ© comme une rĂ©ussite sociale car gage de ne plus jamais manquer de rien. Le niveau ultime pour les sĂ©nĂ©galaises Ă©tait d’avoir un enfant avec un blanc ; alors lĂ , c’Ă©tait le jackpot, l’assurance-vie pour elle et toute sa famille.
 
Je ne souhaite pas m’Ă©tendre plus longuement sur ce sujet Ă©difiant…
Toutefois, pour donner une autre façon d’aborder la question, j’invite juste Ă  lire un court article de ce blog (tenu par un retraitĂ© français parti vivre dĂ©finitivement au fin fond du SĂ©nĂ©gal). Et pour montrer comment sont perçus les français s’adonnant Ă  ces pratiques, je copie/colle un commentaire laissĂ© par un sĂ©nĂ©galais en rĂ©action Ă  cette publication :
 
 
 
 

 « Le français ? Hihiii dééé, il est trÎÎÎp fragile, là quoi ! » 

 
Les français sont souvent perçus comme fragiles et pas trĂšs rĂ©sistants. Ils font partie de la famille “Tamalou”.
 
Physiologiquement parlant, l’organisme du blanc-bec français supporte plutĂŽt difficilement le soleil africain et les tempĂ©ratures ambiantes. MĂȘme dans les rĂ©gions les moins accablĂ©es de chaleur, ou bien durant la saison douce plus “fraĂźche” (alors attention, lĂ  encore, la thĂ©orie de la relativitĂ© s’applique… La notion de “fraĂźcheur” au SĂ©nĂ©gal n’est pas tout-Ă -fait la mĂȘme qu’en France ! LĂ -bas, dĂšs que le thermomĂštre affiche moins de 20/25°, tout le monde chope la crĂšve et mĂȘme les expat’ sortent les petites laines car on se pĂšle… On nous avait pris pour des fous lorsqu’on Ă©tait rentrĂ©s en France au printemps et qu’on n’avait pas quittĂ© nos pantalons et tricots Ă©pais Ă  manches longues jusqu’Ă  l’Ă©tĂ© alors que tout le monde chez nous Ă©tait dĂ©jĂ  en tenue lĂ©gĂšre), le français crame Ă  petit feu sous le soleil implacable sĂ©nĂ©galais et la chaleur Ă©touffante digne des enfers qui rĂšgne. Rare est le toubab qui ne subit pas, Ă  un moment ou Ă  un autre, un coup de chaud magistral en bonne et due forme, la mĂ©tamorphose de la “cuisson Ă  l’Ă©touffĂ©e” passant du blanc blafard originel au rouge homard Ă©bouillantĂ©. RajoutĂ©e Ă  ça l’Ă©tape “liquĂ©faction” due Ă  l’inĂ©vitable transpiration de l’extrĂȘme, et l’effet esthĂ©tique rendu sur les visages pĂąles peut ĂȘtre trĂšs divertissant pour les sĂ©nĂ©galais couleurs cafĂ© (ils ont toujours beaucoup d’humour) !
 
 
Le français se distingue aussi dans un autre domaine sanitaire : la tuyauterie interne… Son systĂšme digestif est dĂ©licat, l’exotisme alimentaire et le dĂ©paysement dans l’assiette ont gĂ©nĂ©ralement pour consĂ©quence une mutinerie des boyaux qui laisse des traces (au sens propre comme au sens figurĂ©)
Les sĂ©nĂ©galais pensent que c’est Ă  cause du piment mis dans tous leurs plats. Pour eux, le français a beau avoir le palais fin, ses papilles et son estomac ne font pas le poids face Ă  la cuisine sĂ©nĂ©galaise.
Ce n’est pas faux… Ceci dit, pour l’avoir expĂ©rimentĂ©, le piment n’est pas toujours le seul coupable.
 
 
 
Plus gĂ©nĂ©ralement sur le thĂšme de la constitution physique, les sĂ©nĂ©galais(es) trouvent les français(es) plutĂŽt pas trop dĂ©sagrĂ©ables Ă  regarder. Mais je suis bien incapable de dire prĂ©cisĂ©ment ce qui, Ă  leurs yeux, rend les gaulois “visuellement attractifs”. Je sais juste que les sĂ©nĂ©galaises aiment bien les français car ils sont (selon elles) romantiques, prĂ©venants et galants.
 
Durant ma parenthĂšse expatriĂ©e, il m’est arrivĂ© de me sentir comme une extra-terrestre dĂ©barquĂ©e de nulle part.
Le summum a Ă©tĂ© le jour oĂč a Ă©tĂ© prise la photo du titre de cet article. Je suis assise sous un gigantesque manguier (d’oĂč d’Ă©normes mangues tombaient avec fracas, me faisant sursauter Ă  chaque fois qu’une atterrissait lourdement prĂšs de moi. Une chance que je ne m’en Ă©tais pas prise une sur le tĂȘte, ça m’aurait assommĂ©e !) dans un village trĂšs reculĂ© situĂ© tout au Sud du pays, prĂšs de la frontiĂšre avec la GuinĂ©e-Bissau. Le jour oĂč j’ai dĂ©barquĂ© lĂ -bas, j’ai cru ĂȘtre une bĂȘte de foire : des habitants n’avaient jamais vu de blancs de leur vie et nous dĂ©visageaient avec une insistance assez gĂȘnante. Autant dire qu’avec ma peau pĂąle mi-blanche-comme-un-cul mi-viande-rosĂ©e suintant de transpiration (il faisait plus de 45° Ă  l’ombre mais, malgrĂ© ça, la majoritĂ© des hommes prĂ©sents avaient un bonnet en laine sur la tĂȘte. Mon regard en mode S.O.S. en dit long sur mon Ă©tat Ă  cet instant) et la longue tignasse bouclĂ©e aux reflets roux 100% naturels que j’arborais Ă  l’Ă©poque, j’Ă©tais l’objet de toutes les curiositĂ©s.
Des enfants s’approchaient timidement pour toucher la peau de mes mains ou de mes bras puis partaient en courant comme effrayĂ©s tout en Ă©clatant de rire. (Il faut prĂ©ciser que dans beaucoup de pays d’Afrique, la peau blanche est assimilĂ©e aux albinos qui sont rejetĂ©s car considĂ©rĂ©s comme “maudits” ou comme des “crĂ©atures du diable”).
D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les filles Ă©taient d’abord intriguĂ©es par mes cheveux, qu’elles pensaient faux (au SĂ©nĂ©gal, beaucoup de femmes portent des perruques ou des rajouts cousus sur des petites tresses). Elles y tiraient dessus sans me demander mon avis ni se prĂ©occuper de savoir si ça pouvait ĂȘtre dĂ©sagrĂ©able. À plusieurs reprises, je me suis retrouvĂ©e cernĂ©e de toute part avec une armĂ©e de doigts plongĂ©s dans ma criniĂšre et palpant avec obstination ma fibre capillaire. Un grand moment de solitude…
 
 
 
 

 Autres visions de la France et des français (florilÚge en vrac). 

 
Les français ont une horloge greffĂ©e dans la tĂȘte, ils sont toujours pressĂ©s mĂȘme quand ils sont en vacances…
Comme je l’ai dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© lors de prĂ©cĂ©dentes Ă©ditions des #HistoiresExpatriĂ©es, et notamment en dĂ©tail dans celle-ci, le rapport au temps au SĂ©nĂ©gal (comme presque partout ailleurs sur le continent africain) est radicalement diffĂ©rent de celui des français.
Pour l’avoir constatĂ© dans les lieux touristiques, il est vrai que beaucoup de vacanciers supportent mal d’attendre pour obtenir ce qu’ils dĂ©sirent lĂ , maintenant, tout de suite. Ils s’imaginent que tout leur est dĂ» et se comportent comme des enfants gĂątĂ©s capricieux (grĂące Ă  certains d’entre eux, pour la premiĂšre fois de ma vie j’avais eu honte d’ĂȘtre française…). Ceci dit, je ne pense pas que ce soit un comportement propre aux seuls français, mais plutĂŽt inhĂ©rent au mode de vie occidental.
 
 
Les français ne travaillent pas beaucoup. Sans compter qu’ils sont souvent soit en grĂšve, soit en arrĂȘt maladie, soit en congĂ©s, soit en RTT…
Bref, en résumé, de nos jours, la France est perçue comme un pays de fainéants avec ses 35 heures, ses RTT, ses ponts collés aux jours fériés et ses cinq semaines de congés payés !
C’Ă©tait dĂ©jĂ  le cas Ă  l’Ă©poque lointaine oĂč je vivais au SĂ©nĂ©gal et que les 35h de travail hebdomadaire, tout comme les RTT, n’existaient pas encore… Mon patron d’alors (je travaillais chez un sĂ©nĂ©galais) n’avait plus trouvĂ© que cet “argument clichĂ©” Ă  opposer Ă  mes demandes d’un ou deux jours de congĂ©s accolĂ©s au week-end Ă  l’occasion de la venue de mes parents chez nous Ă  ThiĂšs. Les congĂ©s payĂ©s n’existant pas au SĂ©nĂ©gal, j’avais eu beau lui demander de dĂ©duire mon absence de mon “salaire”, il avait refusĂ© toutes mes demandes.
J’avais trouvĂ© ça terriblement injuste, et plutĂŽt paradoxal car il ne cessait de vanter (je le cite)《 mon sĂ©rieux et mon implication sans jamais compter mes heures de travail (sous-entendu “pour une française”), mes capacitĂ©s professionnelles et ma productivitĂ© incroyables (en comparaison avec les pratiques locales selon lui), mes compĂ©tences inĂ©galĂ©es 》.
J’avais aussi trouvĂ© ça un tantinet hypocrite car lorsqu’il s’agissait des jours fĂ©riĂ©s locaux, parfois dĂ©multipliĂ©s par le nombre de courants religieux et souvent augmentĂ©s d’un jour pour “rĂ©cupĂ©rer des festivitĂ©s”, il ne rechignait pas Ă  me laisser chĂŽmer ces journĂ©es-lĂ .
 
 
La France, ce pays colonisateur peuplĂ© de chauvins prĂ©tentieux et rĂąleurs…
On ne va pas rĂ©Ă©crire l’Histoire car c’est un fait : la France a colonisĂ© le SĂ©nĂ©gal. Cette pĂ©riode a forcĂ©ment laissĂ© des traces et parfois du ressentiment (surtout chez les “jeunes” gĂ©nĂ©rations n’ayant pas vĂ©cu cette pĂ©riode bizarrement). Pourtant lĂ -bas, plusieurs fois j’ai entendu des sĂ©nĂ©galais, ceux de la gĂ©nĂ©ration des “anciens”, nous dire « c’Ă©tait mieux du temps des français, on ne manquait de rien. On avait de vraies routes en bon Ă©tat et bien entretenues, des Ă©coles et des postes de santĂ© dignes de ce nom […] ». Je ne m’Ă©tends pas sur la question, je n’en connais rien.
 
Pour ce qui est de la vision des français chauvins, prĂ©tentieux et rĂąleurs, elle semble unanimement partagĂ©e dans le reste du monde. Les plus virulents nous en rajoutent une couche en nous taxant de pilleurs de richesses, d’arrogants et de condescendants.
Il paraĂźt qu’il n’y a pas de fumĂ©e sans feu… C’est vrai que nous autres français, nous sommes les champions du monde toutes catĂ©gories pour toujours rĂąler (moi la premiĂšre 😬 !) et n’ĂȘtre jamais contents.
 
Comme le disait ironiquement Coluche, le choix du coq 🐓 comme “emblĂšme” de la France est judicieux car c’est « le seul oiseau qui continue Ă  chanter mĂȘme les pieds dans la merde » (traduire “chanter” par “ĂȘtre prĂ©tentieux, faire le fier, fanfaronner, se croire le plus fort, le plus beau, le meilleur”…).
Le cĂŽtĂ© prĂ©tentieux pourrait Ă©galement ĂȘtre illustrĂ© par cette citation de Robert Sabatier (Ă©crivain français) : « Les Français sont ces gens impossibles qui rĂ©pĂštent qu’impossible n’est pas français. ».
 
En ce qui concerne le chauvinisme, je crois que nous avons quand mĂȘme des circonstances attĂ©nuantes non ? Ne nous rabĂąche-t-on pas partout sur la planĂšte que la France est le plus beau pays du monde 😉 ? Les prĂšs de 90 millions de touristes venus fouler nos terres gauloises en 2018, et ce malgrĂ© le frein qu’ont Ă©tĂ© les gilets jaunes et les attentats, ne le dĂ©mentent pas manifestement… COCORICOâœŒïžđŸ™ƒ !
 
 
Les français ont beaucoup de chance de vivre en France !
Les sĂ©nĂ©galais ayant mis les pieds/vĂ©cus en France ont une vision plus “lĂ©gitime” (et non pas quelque peu “fantasmĂ©e” comme celle rappelĂ©e en dĂ©but d’article) et peuvent parler en connaissance de cause.
Ceux-lĂ  estiment les français chanceux (Ă  juste titre) car, en France, on a tout le confort basique, ces “petites choses” que l’on ne calcule mĂȘme pas tellement ça parait “normal”.
Par exemple, quelle est la rĂ©action d’un sĂ©nĂ©galais dĂ©couvrant pour la premiĂšre fois un robinet dans un logement en France ? Et bien il va pousser un petit cri de surprise. Et que va-t-il faire ensuite lorsqu’il va l’ouvrir ? Il va s’Ă©crier “wouaaaaah” (voire carrĂ©ment faire une petite danse de la joie) en voyant simplement de l’eau couler ! Et quelle va ĂȘtre sa rĂ©action lorsqu’il constate qu’il y a de l’eau froide ET de l’eau chaude ? Alors lĂ , il va en rester bouche bĂ©e devant un truc aussi fou ! Oui… car au SĂ©nĂ©gal, rares sont les habitations pourvues de robinets (la plupart du temps, l’eau va se chercher au puits, au forage ou au robinet “communautaire” du village/quartier), et quand il y en a, l’eau n’en coule pas beaucoup, pas souvent, voire pas du tout… Les pĂ©nuries et les coupures sont monnaies courantes. Quant au choix de la tempĂ©rature de l’eau (luxe ultime), comment dire… ça n’existe mĂȘme pas ! Comme je le raconte ici, suivant le lieu, soit l’eau qui coule du robinet est bouillante soit elle est froide. AprĂšs ĂȘtre allĂ©s deux fois au SĂ©nĂ©gal, mĂȘme mes enfants ont mesurĂ© leur chance d’avoir de l’eau courante Ă  la maison :
[…]    DĂšs le retour Ă  la maison, il avait couru Ă  la salle-de-bain avec sa grande sƓur (sans qu’on ait besoin de leur rĂ©pĂ©ter dix fois d’aller se laver, ou qu’on les menace de reprĂ©sailles, avant qu’ils daignent s’exĂ©cuter…). On l’avait alors entendu s’Ă©crier, avec des trĂ©molos d’intenses Ă©motions dans la voix :
《 Regarde ! Une vraie douche, sans bestioles Ă  chasser, avec une vraie “poignĂ©e” pour se mouiller et de l’eau chaude qui coule fort ! Je suis trop heureux chez moi… 》
#LePouvoirDeLaThĂ©orieDeLaRelativitĂ© […]
 
Mais ce n’est pas tout. Les sĂ©nĂ©galais considĂšrent aussi les français trĂšs chanceux de vivre en France car (liste non exhaustive…) :
→ ils ont l’Ă©lectricitĂ© chez eux, en continu, sans soucis de coupures rĂ©currentes intempestives ;
→ ils peuvent se soigner facilement, gratuitement, ont accĂšs Ă  des mĂ©decins et des hĂŽpitaux dignes de ce nom (petit rappel ici Ă  propos du systĂšme de santĂ© au SĂ©nĂ©gal) ;
→ ils bĂ©nĂ©ficient de l’Ă©ducation pour tous et l’Ă©cole gratuite ;
→ leur pays offre un excellent rĂ©seau routier, bien dĂ©veloppĂ© et entretenu, ainsi que des transports en commun en bon Ă©tat (pour se faire une idĂ©e du contexte sĂ©nĂ©galais, c’est par lĂ ) ;
→ ils peuvent compter sur un État providence leur assurant un niveau de prestations/protection sociales sans Ă©quivalant dans le reste du monde : systĂšme de retraites, d’allocations familiales, d’indemnisation chĂŽmage, de revenus minimums, d’aides au logement, Ă  la garde d’enfants, aux handicapĂ©s, de minimum vieillesse, de bourses scolaires/Ă©tudiantes, etc. Vu depuis le continent africain, la France est forcĂ©ment perçue comme l’el dorado
 
 
Quand on prend vraiment conscience de tout ça, que l’on rĂ©alise que les français donnent l’image d’Ă©ternels insatisfaits revendicateurs qui en demandent toujours plus alors qu’ils vivent dans le pays des libertĂ©s et des droits de l’Homme, on en viendrait presque Ă  penser que, dans le fond, Sylvain Tesson (Ă©crivain voyageur français) n’a pas fonciĂšrement tort lorsqu’il dit « La France est un paradis peuplĂ© de gens qui se croient en enfer. »
 
 
 
 
N’en jetez plus, la cour est pleine 😅 ! Bien Ă©videmment, comme toujours, il ne faut surtout pas faire de gĂ©nĂ©ralitĂ©s. Mais je vais m’arrĂȘter lĂ , je crois que les français ont suffisamment Ă©tĂ© rhabillĂ©s pour l’hiver…
 
 
 
 
 
~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~
 
 
 
 
Ă©dition n°20 : La Nature…
Ă©dition n°18 : Leurs coutumes/habitudes devenues miennes.(je n’ai pas participĂ© Ă  ce numĂ©ro)
Ă©dition n°17 : Qu’est-ce qu’on Ă©coute au SĂ©nĂ©gal ?
Ă©dition n°16 : Un mot, une expression…
Ă©dition n°15 : La cuisine…
Ă©dition n°14 : Mon intĂ©gration…
Ă©dition n°13 : Le systĂšme mĂ©dical…
Ă©dition n°12 : Les rapports humains…
Ă©dition n°10 : Le corps ailleurs…
Ă©dition n°7 : Votre coin de France.(je n’ai pas participĂ© Ă  ce numĂ©ro)
Ă©dition n°5 : Mon ailleurs la nuit…
Ă©dition n°4 : Ma nouvelle routine…
édition n°3 : Pourquoi es-tu partie ?
 

D’autres participations abordant ce thĂšme sont listĂ©es en fin d’article ici.

 
 
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6 Comments on “[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Vision de la France đŸ‡«đŸ‡· et des français 🐓 au SĂ©nĂ©gal 🇾🇳…

  1. Merci pour cet article passionnant ! Il m’a rappelĂ© mes sĂ©jours au Maroc (j’avais Ă©tĂ© poursuivie par 5-6 gamins qui voulaient de l’argent) et en Malaisie (oĂč pour visiter la forĂȘt Ă©quatoriale de BornĂ©o, l’agence avait achetĂ© “en mon nom” des bonbons et des gĂąteaux dont tous les emballages plastiques Ă©taient ensuite jetĂ©s dans la forĂȘt)… Les clichĂ©s ont la vie dure… des deux cĂŽtĂ©s !

  2. Ton article est d’utilitĂ© publique ! Il devrait ĂȘtre distribuĂ© Ă  tous les voyageurs avant d’arriver Ă  destination…
    Je viens de voir ton commentaire et c’est vrai que nos expĂ©riences se recoupent (malgrĂ© plusieurs annĂ©es d’Ă©cart !). J’ai essayĂ© de traiter le sujet avec humour parce que j’avais du mal Ă  le poser mais je trouve que tu le fais trĂšs bien. En partant on prend conscience de l’immense chance qu’on a. On se rend aussi compte d’Ă  quel point nos vies sont “fantasmĂ©es” par d’autres…
    Combien de fois j’ai entendu Ă  Mada des “Vazahas, Rends l’argent !”… Combien de fois j’ai du expliquer Ă  des familles de touristes de ne pas acheter du lait en poudre pour les femmes dans les rues cambodgiennes… Et quand on sait le trafic de fournitures scolaires aprĂšs de cĂ©lĂšbres “actions humanitaires” en Afrique ou en Asie…
    Enfin bref, merci pour ton article ! 😉

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