[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Un nouveau “chez soi” 🛖 ailleurs…

 

 
 
~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~
 

PRÉAMBULE  [ histoire de planter le dĂ©cor et se (re)mettre dans le contexte… ]

Voici un rĂ©cit rĂ©trospectif de tranches de vie “ailleurs” vĂ©cues au siĂšcle dernier 😌 ! 

Ma vie d’adulte autonome a commencĂ© pour de bon par lĂ  puisque ce dĂ©part pour l’inconnu, avec mon Homme, actait mon envol dĂ©finitif du nid parental…
C’Ă©tait en Afrique, en 1994-1995. Je venais alors d’avoir 22 ans lorsque j’ai mis les voiles vers le (fin fond du) SĂ©nĂ©gal pour partir vivre la premiĂšre grande et vraie AVENTURE de ma vie ! 

Il est important de prĂ©ciser qu’Ă  cette Ă©poque, il Ă©tait presque impossible de garder le contact avec ses proches car il n’existait ni internet, ni tĂ©lĂ©phone portable, et les appels internationaux depuis un fixe ou une cabine tĂ©lĂ©phonique Ă©taient hors de prix. Pour maintenir un maigre lien avec l’actualitĂ© en gĂ©nĂ©ral, pas de tĂ©lĂ© ; le seul moyen Ă  disposition Ă©tait une petite radio Ă  ondes courtes grĂące Ă  laquelle il Ă©tait possible (lorsqu’elle avait des piles) de capter RFI deux heures par jour quand il ne faisait pas trop chaud…

Dire que le dĂ©paysement a Ă©tĂ© au rendez-vous est un doux euphĂ©misme. Le choc africain a Ă©tĂ© sĂ©vĂšre et radical dĂšs mon arrivĂ©e dans le pays (et mĂȘme dĂšs la sortie de l’avion…). Ce jour-lĂ , ma vie a irrĂ©versiblement basculĂ©… mais je ne le savais pas encore.
Ce que j’ai vĂ©cu, vu, endurĂ©, subi lĂ -bas m’a profondĂ©ment et irrĂ©mĂ©diablement changĂ©e. Je suis devenue trĂšs “philosophe”, 100% apte Ă  relativiser les choses et surtout beaucoup plus humble.

Cette parenthĂšse passĂ©e au SĂ©nĂ©gal a Ă©tĂ© riche, trĂšs riche, tant d’un point de vue positif que nĂ©gatif. Ce fut pour moi un vĂ©ritable sĂ©isme personnel, mais au fond, ce bouleversement absolu m’a Ă©tĂ© extrĂȘmement bĂ©nĂ©fique.
Toute cette aventure m’a beaucoup bousculĂ©e, mais elle m’a aussi permis de dĂ©couvrir (et mettre en pratique…) la puissance du mental, ainsi que l’extraordinaire et fascinante capacitĂ© qu’a l’Être Humain de s’adapter au milieu dans lequel il (sur)vit ! 

Durant toute cette “histoire expatriĂ©e”, j’ai reçu une grande claque, mais surtout une grande leçon de vie qui m’a beaucoup servi par la suite une fois de retour en France, et qui me sert encore aujourd’hui plus de vingt ans aprĂšs…
 

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Ma dĂ©cision de partir vivre Ă  l’Ă©tranger est prise en 1993, sous l’impulsion de PhilĂ©as (mon Homme) qui dĂ©croche un poste de CSN (CoopĂ©rant du Service National) dans une entreprise. DĂšs lors, nous apprenons que nous allons nous envoler pour le continent africain dĂ©but 1994, PhilĂ©as Ă©tant affectĂ© Ă  Bujumbura au BURUNDI.
Mais le sort en a dĂ©cidĂ© autrement puisqu’en octobre 1993, la guerre civile Ă©clate au Burundi… ForcĂ©ment, dans une telle situation, le dĂ©part est remis en cause, la prioritĂ© Ă©tant le rapatriement en urgence des expatriĂ©s vivant dĂ©jĂ  lĂ -bas.
Alors que le projet d’expatriation semble s’Ă©vanouir, un plan B de derniĂšre minute s’offre Ă  nous ! L’entreprise envoie finalement PhilĂ©as au SĂ©nĂ©gal, vers un point de chute initial trĂšs loin de Dakar la capitale
VoilĂ  comment je me suis retrouvĂ©e propulsĂ©e au fin fond de ce pays oĂč nous poserons nos malles et nos valises en 1994 et 1995, successivement dans deux endroits diffĂ©rents.
 
AprĂšs tout ce temps, il m’est (encore) difficile de trouver les mots justes pour dĂ©crire tout ça sans choquer ni faire fuir le lecteur. Ne pas trop Ă©dulcorer les choses en les maquillant outre mesure, mais plutĂŽt rester honnĂȘte et fidĂšle Ă  la rĂ©alitĂ© telle que je l’ai vue et vĂ©cue Ă  ce moment-lĂ …
 
 

DĂ©couvrir et ĂȘtre dĂ©paysĂ©e…

 
La premiĂšre des deux villes sĂ©nĂ©galaises devenue mon nouveau “chez moi” rĂ©pond au nom dĂ©paysant de KAOLACK !
Je n’en avais jamais entendu parler avant de dĂ©barquer dans le pays, et comme en plus c’Ă©tait la premiĂšre fois que je mettais les pieds en Afrique, je ne savais absolument pas Ă  quoi m’attendre d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale. Mais il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre pourquoi cette ville Ă©tait surnommĂ©e Krakraolack ou Kradolack
 
J’y suis arrivĂ©e de nuit, Ă©puisĂ©e et trempĂ©e de sueur, aprĂšs un pĂ©riple initiatique surrĂ©aliste de 3h30 de “routes” chaotiques indescriptibles complĂštement dĂ©foncĂ©es. 3h30 c’Ă©tait alors le temps nĂ©cessaire pour parcourir les quelques 200 kms la sĂ©parant de Dakar.
 
 
 
 
À cette Ă©poque, Kaolack comptait environ 150 000 habitants officiellement (certainement beaucoup plus en rĂ©alitĂ©), dont Ă  peine une trentaine d’occidentaux et parmi ceux-ci seulement une dizaine de toubabs francophones. [toubab = nom dĂ©signant les europĂ©ens blancs]
 
MalgrĂ© la taille et l’importance de la ville (le port de Kaolack, sur le fleuve Saloum, fut l’une des plus grandes plaques tournantes de l’exportation de l’arachide produite et du sel extrait des marais environnants), j’ai eu l’impression de dĂ©barquer dans un “no man’s land” au milieu de nulle part. Enfin non, je devrais plutĂŽt dire que j’ai eu l’impression de dĂ©barquer dans une dĂ©chetterie/station d’Ă©puration tellement l’odeur Ăącre et fĂ©tide qui flottait dans l’air Ă©tait nausĂ©abonde, voire carrĂ©ment insoutenable par endroits. C’Ă©tait un mĂ©lange enivrant d’effluves de poubelles en dĂ©composition, d’émanations entĂȘtantes d’Ă©gouts, relevĂ© parfois d’appĂ©tissants relents de cadavre d’animaux en putrĂ©faction. Le tout Ă©tait accentuĂ© par la chaleur implacable qui rĂšgne lĂ -bas : le thermomĂštre atteint allĂšgrement les 42° Ă  l’ombre durant la saison chaude, je vous laisse imaginer ce que ça peut donner en plein soleil…
 
BIENVENUE A KAOLACK !
 

On m’avait prĂ©venue qu’en arrivant de nuit, ce serait moins dur car il ferait moins chaud (“seulement” 25-30° !) et que je ne me rendrais pas bien compte sur le coup. Et pourtant…

 
Mes premiĂšres impressions du choc de la dĂ©couverte “by-night” ont Ă©tĂ© impitoyables : effectivement, Kaolack est immonde.
 
En traversant mon quartier (appelĂ© N’Dorong, face au quartier Same), et en allant au centre-ville le lendemain, Ă  4 kms de lĂ , j’ai dĂ©couvert des tas d’ordures Ă©parpillĂ©es un peu partout. Au beau milieu de certaines rues coulaient des Ă©gouts Ă  ciel ouvert aux eaux croupissantes infestĂ©es de moustiques oĂč barbotaient oiseaux et animaux, et au bord desquels jouaient les enfants.

HorrifiĂ©e en voyant tout ça, j’ai alors compris pourquoi des Ă©pidĂ©mies rĂ©currentes de cholĂ©ra, fiĂšvre jaune, paludisme et autres joyeusetĂ©s sĂ©vissaient. Nous avons d’ailleurs contractĂ© la malaria Ă  tour de rĂŽle tous les deux, quelques semaines Ă  peine aprĂšs notre arrivĂ©e…

J’ai compris aussi pourquoi Kaolack Ă©tait rĂ©putĂ©e ĂȘtre la ville la plus sale du SĂ©nĂ©gal, voire mĂȘme d’Afrique selon certains vieux routards…
J’ai surtout compris que cette parenthĂšse expatriĂ©e n’allait pas ĂȘtre de tout repos !
 
 
 
Les rues, rarement Ă©clairĂ©es (lorsqu’il n’y avait pas de panne d’Ă©lectricitĂ©), n’Ă©taient faites que de terre, de sable et de poussiĂšre pendant la saison sĂšche. Pendant l’hivernage (= la saison des pluies), les trombes d’eaux qui s’abattaient transformaient tout ça au mieux en d’infĂąmes bourbiers, ou au pire en vastes marigots inondant mĂȘme parfois certains quartiers entiers qui ne devenaient alors accessibles qu’en pirogue…
Partout par terre, sur les bĂątiments, la vĂ©gĂ©tation, il y avait des morceaux de sacs en plastique, le flĂ©au de l’Afrique.
 
Les constructions semblaient ĂȘtre en chantier permanent (ou en cours de dĂ©mantĂšlement, ça dĂ©pend de quel point de vue on se place…) : des murs en parpaings tout de guingois et un enchevĂȘtrement de tĂŽles, de planches, de piquets. Pas de fenĂȘtres vitrĂ©es, seulement des grilles mĂ©talliques et parfois des “volets” ou des persiennes. Rien de bien original pour ici puisque c’est comme ça en Afrique (pour ceux qui ont la chance d’occuper un logement “en dur”), mais pour moi, novice occidentale fraĂźchement dĂ©barquĂ©e, ce fut une impression de ville dĂ©vastĂ©e par je-ne-sais-quel cataclysme…
 
Comme nous habitions dans un logement rudimentaire au confort sommaire et spartiate, “en immersion” parmi les locaux autochtones (et non dans une “zone dĂ©diĂ©e aux expatriĂ©s”), le quartier dans lequel nous vivions Ă©tait Ă  cette image.
 
 
 

S’acclimater et s’accommoder…

Dans notre nouveau quartier, nous y avons dĂ©couvert et expĂ©rimentĂ© la thĂ©orie de l’adaptation au milieu ! En voici quelques exemples en vrac.
 

① Il nous a fallu nous habituer Ă  n’avoir Ă  disposition que de l’eau courante salĂ©e. Dans la rĂ©gion de Kaolack, les nappes phrĂ©atiques sont saturĂ©es en sel car contaminĂ©es par les marais salants alentours qui, par la mĂȘme occasion, brĂ»lent et stĂ©rilisent la terre Ă  des kilomĂštres Ă  la ronde.

En plus d’ĂȘtre salĂ©e, l’eau a une autre caractĂ©ristique naturelle, laissant des traces indĂ©lĂ©biles. Elle est beaucoup trop fluorĂ©e. Les consĂ©quences sont irrĂ©versibles pour ceux qui ont bu cette eau durant leur enfance : ils sont notamment atteints de fluorose dentaire, une pathologie qui tĂąche dĂ©finitivement les dents. Si un jour vous croisez un sĂ©nĂ©galais qui a un tel sourire, vous pouvez ĂȘtre certain qu’il a grandi dans la rĂ©gion de Kaolack !

Autre petit “souci aquatique” Ă  la maison : pas de notion d’eau froide. Durant la journĂ©e, les canalisations, surchauffĂ©es par le soleil de plomb et la chaleur accablante, nous distribuaient uniquement de l’eau brĂ»lante au robinet (pratique pour se prĂ©parer un thĂ© direct !). Il fallait attendre la nuit ou le petit matin pour avoir de l’eau tiĂšde et espĂ©rer ainsi se laver sans risquer de se brĂ»ler au troisiĂšme degrĂ© ! Si on avait besoin d’eau froide, il fallait ĂȘtre patient, remplir un rĂ©cipient et laisser refroidir… Mais au moins on avait la chance de ne pas avoir besoin d’aller chercher l’eau au “distributeur” du quartier 😁.

 
② Nous avons dĂ» composer avec le concept de courant alternatif ! L’Ă©lectricitĂ© “en continu” n’existait pas. Chaque jour, les coupures sauvages Ă©taient rĂ©currentes (idĂ©al pour conserver les denrĂ©es pĂ©rissables au frigo…). Centrales Ă©lectriques pas assez puissantes, chaleurs trop fortes, pauses intempestives de la SENELEC (=EDF au SĂ©nĂ©gal), mille et une raisons rendaient l’Ă©lectricitĂ© alĂ©atoire et alternative… C’est toujours le cas de nos jours…
 
⑱ Il a fallu se rĂ©soudre Ă  tirer un trait sur l’idĂ©e mĂȘme de trouver un semblant de quiĂ©tude et de sĂ©rĂ©nitĂ© acoustique !
Le SĂ©nĂ©gal Ă©tant un pays de confession majoritairement musulmane, la vie Ă©tait d’abord rythmĂ©e par les heures des priĂšres (nous sommes arrivĂ©s dans le pays en pleine pĂ©riode du Ramadan, ce qui exacerbait l’ambiance sonore). Les muezzins appelaient leurs fidĂšles Ă  travers les haut-parleurs au sommet des minarets de la ville, au moins cinq fois par jour, de juste avant l’aube jusqu’Ă  ce que la nuit soit tombĂ©e.
Une petite mosquĂ©e de quartier se situait tout prĂšs de notre pied-Ă -terre, nous Ă©tions donc aux premiĂšres loges pour ĂȘtre rĂ©veillĂ©s (en sursaut) chaque jour avant le lever du soleil… Mais n’ayant pas vraiment le choix, on finit par s’y habituer assez vite.
 
Par ailleurs, dÚs le soleil couché (et sous ces latitudes, le soleil se couche tÎt), afin de fuir la chaleur étouffante régnant dans les bùtiments jamais isolés, la vie sénégalaise se poursuivait dehors.
Par exemple, les fĂȘtes de quartier Ă©taient courantes (et trĂšs animĂ©es). Nous avons eu l’honneur et le privilĂšge d’ĂȘtre invitĂ©s une fois, c’Ă©tait vraiment super Ă  voir et Ă  vivre ! Mais quand vous devez subir, c’est franchement beaucoup moins cool Ă  la longue… Notre logement Ă©tait situĂ© si proche des festivitĂ©s qu’on aurait dit que les enceintes Ă©taient posĂ©es juste devant nos fenĂȘtres. Nos tympans agonisaient Ă  chaque fois qu’une sono hyper puissante Ă©tait installĂ©e dans notre rue et crachait jusqu’Ă  saturation (et avec moultes larsens) ses dĂ©cibels endiablĂ©s jusqu’au milieu de la nuit. Ces soirs-lĂ , trĂšs Ă©goĂŻstement (ou un peu dĂ©sespĂ©rĂ©s 😭…) nous espĂ©rions ardemment une coupure d’Ă©lectricitĂ© pour mettre fin au supplice et ainsi soulager nos oreilles traumatisĂ©es đŸ˜±. Malheureusement, mĂȘme sans Ă©lectricitĂ©, la sono continuait Ă  hurler, en mĂȘme temps que le “DJ” dans son micro… Nous ne comprenions pas comment c’Ă©tait possible jusqu’Ă  ce que nous dĂ©couvrions de nos propres yeux la redoutable efficacitĂ© du systĂšme D africain… La sono qui sĂ©vissait Ă  cĂŽtĂ© de chez nous Ă©tait reliĂ©e au capot d’une voiture : deux pinces croco et hop directement branchĂ©e sur la batterie !
 
 
 
Dernier exemple d’ambiance tonitruante Ă  laquelle il fallait s’attendre : les jours de match de foot ! Si on n’aimait pas plus que ça le ballon rond, alors on n’avait plus qu’Ă  grincer des dents en attendant que ça passe… 

DĂšs le lendemain de mon arrivĂ©e, j’ai eu droit Ă  une sacrĂ©e dĂ©monstration. Heureusement que je n’Ă©tais pas cardiaque ! Ce soir-lĂ , les Lions du SĂ©nĂ©gal (nom de l’Ă©quipe Nationale) disputaient un match de la Coupe d’Afrique des Nations. L’atmosphĂšre dans la ville Ă©tait juste dingue. Partout dans les rues, tout le monde Ă©tait dehors et regardait le match, agglutinĂ©s devant d’antiques postes de tĂ©lĂ©vision posĂ©s sur les trottoirs, ou en Ă©quilibre prĂ©caire sur une chaise ou un banc, ou sur une planche sur 2 trĂ©teaux, ou sur le capot d’une voiture. Tous les moyens Ă©taient bons pour capter au mieux la retransmission : les antennes des tĂ©lĂ©s Ă©taient prolongĂ©es d’un fil de fer accrochĂ© le plus en hauteur possible. En cas de coupure sauvage d’Ă©lectricitĂ© (et s’il n’y avait pas de quoi faire un ingĂ©nieux branchement sur une batterie de voiture…), de petites radios Ă  ondes courtes (et Ă  piles) Ă©taient prĂ©vues  pour prendre le relais.  

Nous observions Ă©berluĂ©s ces scĂšnes surrĂ©alistes en marchant dans la rue quand, soudain, le SĂ©nĂ©gal a marquĂ© son premier but. LĂ , une vague de hurlements s’est levĂ©e et j’ai sursautĂ© de peur. On aurait dit que tous les habitants s’Ă©taient mis Ă  crier frĂ©nĂ©tiquement en mĂȘme temps, c’était trĂšs impressionnant. Ça m’a vraiment fait quelque chose de bizarre. Inutile de prĂ©ciser qu’un peu plus tard au cours de notre balade, on a tout de suite compris que le SĂ©nĂ©gal venait de marquer un deuxiĂšme but


♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫ ♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫ 
Saga Africa, 
Ambiance de la brousse, 
Saga Africa, 
Attention les secousses 
♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫ ♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫
 
④ Dans notre quartier, nous avons dĂ» nous rĂ©signer Ă  cohabiter avec une multitude de reprĂ©sentants du rĂšgne animal dĂ©ambulant de-ci de-lĂ  en totale libertĂ© et sans grande discrĂ©tion.
ChĂšvres, moutons, poules dĂ©plumĂ©es, canards maigrichons, Ăąnes hurlant-grinçant, chevaux famĂ©liques, cochons boueux, chiens galeux, chats miteux, rapaces menaçants, vautours voraces, rats, etc. faisaient partie de notre voisinage. Tout ce bestiaire passait son temps Ă  se nourrir goulument des monticules de dĂ©tritus. Seuls les sacs plastiques Ă©chappaient Ă  ce “tri sĂ©lectif faunesque naturel”.
 
 
« Rien ne se perd, tout finit par se recycler naturellement, sauf le plastique, seule chose que les bĂȘtes ne mangent pas… »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D’autres colocataires Ă©taient incontournables : lĂ©zards, araignĂ©es, insectes en tout genre, nuĂ©es de mouches et moustiques affamĂ©s (et infectĂ©s) envahissaient notre logement ouvert aux quatre vents. J’ai essayĂ© de lutter au dĂ©but en chassant frĂ©nĂ©tiquement (et parfois hystĂ©riquement 😀) tous ces indĂ©sirables. Mais c’Ă©tait peine perdue d’avance, j’ai rapidement dĂ©clarĂ© forfait et j’ai fini par me rĂ©signer en surpassant mes apprĂ©hensions (tout en continuant Ă  trucider de temps Ă  autres quelques blattes et araignĂ©es 😅).
 
 
 
â‘€ Il a fallu consentir Ă  se plier aux us et coutumes imposĂ©es aux expatriĂ©s : embaucher du personnel autochtone. Le minimum tolĂ©rĂ© Ă©tait le combo 《 gardien + femme de mĂ©nage 》, mais il Ă©tait encore mieux vu d’avoir aussi une cuisiniĂšre, une nounou, un chauffeur, un jardinier. Impossible d’y Ă©chapper, c’est la contribution incompressible au pays d’accueil et surtout le “prix de la tranquillitĂ©”
J’ai eu beaucoup de mal Ă  accepter ça, la conception “avoir du personnel de maison” me mettant trĂšs mal Ă  l’aise. Mais nous n’avons pas eu le choix. Comme nous n’avions vraiment pas les moyens de nous offrir la panoplie complĂšte, nous nous sommes contentĂ©s d’embaucher Ă  mi-temps une femme de mĂ©nage/lavandiĂšre/repasseuse et un gardien de nuit (ce qui n’a pas empĂȘchĂ© d’ĂȘtre cambriolĂ©s Ă  deux reprises, dont une fois en notre prĂ©sence, en pleine nuit, aprĂšs que les cambrioleurs nous ont “gazĂ©s” pour s’assurer de notre sommeil…).

⑄ Dans notre quartier, nous avons expérimenté les joies et les aléas climatiques !
Au SĂ©nĂ©gal, il y a deux saisons : de novembre Ă  mai c’est la saison sĂšche avec une chaleur crescendo, puis de juin Ă  octobre c’est l’hivernage c’est-Ă -dire la saison des pluies oĂč il fait trĂšs chaud et trĂšs humide.

Nous avons dĂ©barquĂ© en pleine saison sĂšche. La chaleur est intense en Afrique, mais Ă  Kaolack, c’est pire que ça, c’est l’antichambre de l’enfer (l’enfer Ă©tant plus Ă  l’Est, Ă  partir de Tambacounda au SĂ©nĂ©gal oriental, avec 50° ambiants…) ! Nous avons Ă©tĂ© soumis Ă  rude Ă©preuve pour supporter des tempĂ©ratures que nous n’avions encore jamais connues… C’Ă©tait d’autant plus dur que chez nous, il n’y avait pas de clim ni aucun ventilateur (dĂšs qu’on a pu se payer un petit brasseur d’air portatif, on n’a plus hĂ©sitĂ©, mĂȘme si ça ne brassait que de l’air bouillant…), et comme dans notre logement la tempĂ©rature ne descendait pas en-dessous de 30° la nuit, nos physiques Ă©prouvĂ©s avaient toutes les peines du monde pour rĂ©cupĂ©rer ! La journĂ©e, il pouvait faire allĂšgrement 42° Ă  l’ombre… Je prĂ©fĂšre passer sur les dĂ©tails mais les manifestations physiques diverses et variĂ©es, en rĂ©action Ă  l’acclimatation thermique, n’Ă©taient pas trĂšs glamours les premiĂšres semaines. Chaque jour, je subissais au moins un coup d’hyperthermie, et quand je reprenais mes esprits, j’Ă©tais rouge comme Ă  un homard qu’on venait d’Ă©bouillanter 😂 !

Lors de l’hivernage, la chaleur se faisait humide et suffocante. Des trombes d’eau tombaient du ciel lors d’orages d’anthologie comme je n’en ai jamais plus vu ailleurs que lĂ -bas. Les inondations Ă©taient frĂ©quentes, certains quartiers ne devenaient plus accessibles qu’en pirogue.
Pendant la saison diluvienne, la quantitĂ© de mouches, dĂ©jĂ  importante, devenait alors massive et envahissante. A tel point qu’on ne pouvait pas laisser un verre sans le couvrir, puis il fallait ventiler Ă©nergiquement au-dessus du verre avant de le porter aux lĂšvres, sous peine d’avoir Ă  boire et Ă  manger dans la bouche…

DĂšs les premiĂšres pluies, la nature Ă  l’agonie explosait de vie. Les champs se recouvraient du jour au lendemain d’une herbe verte digne d’un gazon anglais, c’Ă©tait incroyable (et magnifique).

C’Ă©tait aussi le moment oĂč les Ɠufs de termites ailĂ©es, enfouies sous terre jusque-lĂ , Ă©closaient pour donner naissance Ă  des milliers d’insectes jaillissant du sol en mĂȘme temps. Elles s’envolaient et envahissaient la maison, nous laissant nous agiter au milieu d’un nuage angoissant. Au bout de quelques instants, elles tombaient au sol en perdant leurs ailes puis “rampaient”. Il fallait alors balayer pour les ramasser Ă  la pelle. La premiĂšre fois qu’on a assistĂ© Ă  ce phĂ©nomĂšne saisonnier, on s’est cru en plein film d’horreur, un vrai cauchemar !

Dans le mĂȘme genre, on peut Ă©galement vivre l’invasion de nuĂ©es de sauterelles ravageuses.

Et puis il y a eu l’expĂ©rience Ă©prouvante de notre premiĂšre grosse tempĂȘte de sable
Le ciel Ă©tait devenu rouge et ocre, plus aucune visibilitĂ©, un peu comme lorsqu’il y a un brouillard Ă  couper au couteau, c’Ă©tait trĂšs impressionnant et oppressant. Il faisait extrĂȘmement lourd, une chaleur sĂšche vraiment insupportable. Pas un brin d’air pur, car malgrĂ© le vent Ă  dĂ©corner un troupeau de zĂ©bus, l’atmosphĂšre n’était faite que de particules de poussiĂšres de sable, de pollen, de micro-dĂ©chets, etc. Il Ă©tait donc trĂšs difficile de respirer normalement. On Ă©tait en apnĂ©e. Ce nuage de sable pĂ©nĂ©trait par tous les trous : oreilles (c’est ce que l’on appelle avoir les portugaises ensablĂ©es…), nez, bouche, yeux, et partout dans les vĂȘtements et les chaussures !
Ce jour-lĂ , la tempĂȘte s’est levĂ©e alors que nous n’Ă©tions pas chez nous. La surprise a Ă©tĂ© Ă©norme lorsque nous sommes rentrĂ©s au bercail. Une vision apocalyptique nous attendait, un cataclysme avait frappĂ© notre appartement qui, je le rappelle, n’avait pas de vitres aux fenĂȘtres et Ă©tait donc ouvert aux quatre vents. Dans chaque piĂšce, il y avait un amas de terre sablonneuse. Tout Ă©tait enseveli sous deux doigts de poussiĂšre de sable, on ne voyait plus le carrelage.
Le plus dur dans tout ça c’Ă©tait la nuit car avec la sensation de chaleur extrĂȘme, il Ă©tait difficile de dormir…

 

(Sur)vivre au quotidien…

Habiter lĂ -bas a certes Ă©tĂ© trĂšs dĂ©routant, mais nous avons (plus ou moins) apprivoisĂ© le contexte pour assurer notre (sur)vie de tous les jours. Nous avons ainsi appris comment nous dĂ©brouiller du mieux possible avec pas grand-chose. Nous Ă©tions contraints au minimalisme, vous savez ce concept trĂšs Ă  la mode vantant les mĂ©rites du 《 vivre mieux (en l’occurrence, je ne suis pas vraiment convaincue…) avec moins (ah ça, c’est sĂ»r !) 》

♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫ ♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫ 
Il en faut peu pour ĂȘtre heureux, 
 vraiment trĂšs peu pour ĂȘtre heureux.
Il faut se satisfaire du nĂ©cessaire… Oh oui ! 
♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫ ♬ â™Ș ♫ â™Șâ™Ș ♫

 

Alors concrĂštement, dans notre quartier, comment faisait-on par exemple pour…

① SE DÉPLACER ?

Pour quitter la ville, lorsque nous n’avions pas l’opportunitĂ© de se faire prĂȘter un vĂ©hicule de l’entreprise oĂč PhilĂ©as travaillait, il fallait en passer par la gare routiĂšre pour prendre soit un taxi-brousse, soit un car de brousse, soit un (mythique) car-rapide (qui n’a de rapide que le nom !!!). LĂ , il est utopique de s’imaginer arriver Ă  destination Ă  une heure prĂ©cise. D’abord parce que le moment du dĂ©part est indĂ©terminĂ© (et indĂ©terminable) puisque chacun des transports en commun ne part que lorsque toutes ses places sont vendues. Ensuite parce ce que chaque dĂ©placement est tributaire des inĂ©vitables alĂ©as des routes sĂ©nĂ©galaises influençant l’heure d’arrivĂ©e…

Dans le quartier, on se dĂ©plaçait Ă  pied. Avec la chaleur et le soleil implacable, c’Ă©tait un peu une traversĂ©e du dĂ©sert Ă  chaque sortie.
Petite anecdote pour donner une idĂ©e de la tempĂ©rature qui pouvait rĂ©gner. PhilĂ©as avait son boulot Ă  une dizaine de minutes de notre domicile. Chaque jour, il mettait une bouteille d’1,5L au freezer pour avoir de l’eau glacĂ©e (qui resterait ainsi fraĂźche aussi longtemps que possible). Mais lorsqu’il arrivait au travail dix minutes aprĂšs ĂȘtre parti, le glaçon avait dĂ©jĂ  presque entiĂšrement fondu…

Pour aller au-delĂ  de notre quartier, ailleurs dans la ville, comme nous n’avions pas de voiture personnelle au dĂ©but, nous nous dĂ©placions la plupart du temps avec les moyens de transport locaux, et c’Ă©tait toute une aventure 😄 !
Plusieurs options s’offraient Ă  nous.

Le plus Ă©conomique, c’Ă©tait la charrette, tractĂ©e par un cheval ou par un Ăąne.

 Parfois, la charrette s’arrĂȘtait mĂȘme faire le plein Ă  une station-service 😂 !

Sinon, il y avait les taxis “urbains” jaunes et noirs que l’on pouvait prendre en mode “privĂ©” (taxi seulement pour nous, prix plus cher), ou en mode “navette collective” (prix de la course moins Ă©levĂ©). Dans ce cas, il ne fallait pas ĂȘtre pressĂ© car le chauffeur s’arrĂȘtait pour remplir (au-delĂ  de l’entendement) son taxi de passagers tout le long du trajet. Impatients et claustrophobes s’abstenir !

La plupart du temps, ces voitures Ă©taient des Ă©paves roulantes sans Ăąge, avec des centaines de milliers de kms figĂ©s au compteur (qui ne tournait plus depuis longtemps), rouillĂ©es, avec les pneus lisses et plus vraiment d’amortisseurs.
Les portiĂšres, quand elles avaient encore des poignets, ne pouvaient ĂȘtre ouvertes ou fermĂ©es que par le chauffeur, grĂące Ă  une savante manƓuvre qu’il Ă©tait bien le seul Ă  maitriser. 
Inutile d’espĂ©rer avoir un peu d’air frais, circuler dans ces taxis Ă©tait la garantie de cuire Ă  l’Ă©touffĂ©e : pas de clim Ă©videmment, et rarement moyen de pouvoir ouvrir les vitres arriĂšres, les manettes devaient ĂȘtre en option…
Le parebrise (enfin… ce qu’il en restait bien souvent) n’avait de parebrise que le nom. C’Ă©tait la mĂȘme chose pour les phares, feux de stop, de recul et clignotants.
Les essuie-glaces ? Il fallait gĂ©nĂ©ralement oublier ce “dĂ©tail” : le caoutchouc Ă©tant cuit par le soleil depuis des temps immĂ©moriaux, il ne restait plus que les (vestiges de) tiges mĂ©talliques (tordues) des balais, ce qui rendait les dĂ©placements en pĂ©riode de dĂ©luge surrĂ©alistes. 
Le volant Ă©tait recouvert d’une Ă©paisse toison du plus bel effet.
L’habitacle Ă©tait richement dĂ©corĂ©, ce qui rendait l’ensemble toujours trĂšs kitsch. Des photos jaunies du marabout, ou d’une star internationale, ou les deux, trĂŽnaient au-dessus du tableau de bord, Ă  cĂŽtĂ© d’une sorte de clinquant et trĂšs bling-bling Ă©tui pour boite Ă  kleenex. 
Il y avait aussi parfois des guirlandes et des boules de NoĂ«l accrochĂ©es partout, quelle que soit la pĂ©riode de l’annĂ©e. 

Des chapelets de gri-gri pendaient du rétroviseur et des pare-soleils. 
Les siĂšges Ă©taient complĂštement HS et la plupart du temps Ă©ventrĂ©s. Il fallait ĂȘtre vigilant en s’y asseyant pour Ă©viter de se faire transpercer par les ressorts qui jaillissaient. 
Et puis il fallait aimer (encore et toujours) les ambiances sonores : la radio Ă©tait Ă  fond, quoi qu’il arrive !

 

② SE NOURRIR, S’APPROVISIONNER ?

Mis Ă  part un dĂ©pĂŽt de pain logĂ© dans un kiosque en tĂŽles rouillĂ©es, il n’y avait aucune Ă©picerie, aucune boutique, aucun commerce dans notre quartier.

NĂ©anmoins, des marchands ambulants passaient assez rĂ©guliĂšrement Ă  domicile pour nous proposer quelques denrĂ©es alimentaires. Il y avait mĂȘme un vieil artisan baratineur un peu escroc qui cherchait Ă  nous refourguer sa camelote (qu’on soupçonnait ĂȘtre 100% made in China…).

Un boucher vendant du zĂ©bu (= Ă©quivalent local du bƓuf) venait avec un gros morceau de viande (uniquement du filet), emballĂ© dans des bouts de tissu avec quelques mouches. On choisissait le poids qu’on voulait acheter et sous quelles formes on voulait qu’il nous dĂ©coupe la viande : dans son mĂȘme morceau, il pouvait faire devant nous des rĂŽtis, des steaks, des morceaux pour daube, etc. La viande n’Ă©tait pas mauvaise, mais cĂŽtĂ© hygiĂšne et respect de la chaĂźne du froid, il ne fallait pas trop ĂȘtre tatillon Toutefois, on prĂ©fĂ©rait quand mĂȘme acheter sa viande que celles vendues sur les marchĂ©s ou dans les dibiteries locales en plein cagnard. Mais peut-ĂȘtre que mĂȘme sa viande provenait de ces Ă©tals-lĂ  ? On ne le saura jamais.

 

Il y avait de (trĂšs) jeunes vendeurs qui portaient, empilĂ©es sur la tĂȘte, plusieurs plaques d’une trentaine d’Ɠufs. Et moi qui croyais jusque-lĂ  que les Ɠufs devaient se conserver au frigo… Je me demande encore comment ça ne faisait pas couveuse naturelle avec la chaleur. Et pourtant aucun poussin n’a Ă©clos dans notre cuisine.
Des femmes vendaient les quelques fruits et lĂ©gumes qu’elles avaient cultivĂ©s.
Un volailler nous rendait visite pour nous proposer de 《 magnifiques bons gros poulets de chair 》 qui ne devait mĂȘme pas peser 1 kg. Il vendait aussi des canards de temps en temps, mais ils avaient un peu trop le goĂ»t de ce dont ils se nourrissaient : les tas de poubelles…
Le pompon revient au poissonnier ! La premiĂšre fois que je l’avais vu dĂ©barquer et qu’il m’avait montrĂ© ce qu’il avait Ă  vendre, j’ai bien cru que j’allais m’Ă©vanouir. Il avait posĂ© son seau devant moi et avait soulevĂ© la serpilliĂšre crasseuse qui Ă©tait posĂ©e dessus, laissant Ă©chapper une odeur suspecte. J’avais Ă©touffĂ© un cri en ne distinguant que des mouches agglutinĂ©es au fond du seau. Il avait Ă©nergiquement secouĂ© la serpilliĂšre et un Ă©pais nuage de mouches s’Ă©tait envolĂ©e, laissant apparaĂźtre la marchandise : des poissons et des crevettes ! Il fallait avoir le cƓur bien accrochĂ©, mais on finit par s’habituer Ă  tout… vraiment !

Pour tout ce qui ne venait pas directement Ă  domicile, il fallait aller l’acheter en ville, soit dans l’un des nombreux marchĂ©s, dont le tentaculaire souk couvert qui Ă©tait l’un des plus grands d’Afrique, soit Ă  l’Ă©picerie (tenue par un couple franco-libanais nous faisant aussi office de bureau de change) oĂč les toubabs avaient leurs habitudes.

 

 

Certes on ne trouvait pas tout ce qu’on avait l’habitude de consommer en France, mais on se contentait de ce qu’il y avait et qu’on estimait pouvoir consommer.
En revanche, si ce qu’on voulait faisait partie de l’offre proposĂ©e, alors on pouvait l’acheter n’importe quand. Une envie de poireau Ă  3h du matin ? Amoul solo (=”pas de problĂšme” en wolof), direction le marchĂ© ouvert 24h/24.

Il y avait un aspect qui me hĂ©rissait le poil (d’ailleurs je n’ai jamais pu m’y habituer Ă  ça) : le marchandage ! C’est la tradition, c’est comme ça que ça se passe, il faut nĂ©gocier, pour tout, tout le temps et ce rituel n’en finit jamais. MĂȘme pour acheter 1kg de carottes, il fallait que je me plie au petit jeu de la nĂ©gociation en bon et due forme, tout ça pour marchander dix centimes. C’Ă©tait Ă©puisant et je dĂ©testais ça !

⑱ SORTIR, SE DIVERTIR, SE RESTAURER ?

Pour essayer de se changer les idĂ©es, il n’y avait pas 36 solutions. Dans notre quartier, il n’y avait rien, il fallait donc toujours aller en ville.

Nous avions testĂ© une soirĂ©e en boĂźte de nuit, mais l’expĂ©rience (que je ne prĂ©fĂšre pas relater) nous avait tellement dĂ©routĂ©s que nous ne l’avons pas reproduite. Le choc des cultures

Nous allions de temps en temps au “cinĂ©ma” et nous Ă©tions les seuls toubabs parmi les spectateurs la plupart du temps… Le spectacle n’Ă©tait jamais sur le grand Ă©cran mais dans le public ! Chaque sĂ©ance Ă©tait folklorique.
La projection se passait en plein air, dans une cour en extĂ©rieur. Pour s’asseoir, il y avait soit des chaises mĂ©talliques Ă  moitiĂ© rouillĂ©es (places les plus “chĂšres”), soit des rangĂ©es de murettes en bĂ©ton (places premier prix). Pendant que la cour se remplissait de monde, de la musique Ă©tait diffusĂ©e Ă  un niveau sonore tel que j’en avais mal Ă  la tĂȘte. Soudain, sans transition, la lumiĂšre et la musique Ă©taient coupĂ©es net et le film Ă©tait projetĂ© direct. Sauf qu’il y avait l’image mais presque pas de son ! Et lorsque d’un coup le son Ă©tait audible, il n’y avait plus d’images ! Et puis le projectionniste n’Ă©tait pas trĂšs au point, car les bobines n’Ă©taient pas diffusĂ©es dans le bon ordre. Une fois, le gĂ©nĂ©rique de fin Ă©tait passĂ© Ă  l’envers en plein milieu du film. Des spectateurs s’Ă©taient alors levĂ©s et Ă©tait partis pensant que le film Ă©tait fini.
MĂȘme quand tout Ă©tait Ă  peu prĂšs synchrone, nous Ă©tions de toute façon Ă  chaque fois sidĂ©rĂ©s par les rĂ©actions et le comportement du public lors de certaines scĂšnes du film.
Par exemple, sans que nous comprenions pourquoi, tout le monde se mettait Ă  hurler de rire, certains allant mĂȘme jusqu’Ă  se rouler par terre.
Autre moment collector : lors de scĂšnes de kung-fu, au moment oĂč l’un des acteurs faisait un saut pĂ©rilleux arriĂšre (tellement pĂ©rilleux qu’on voyait les trucages avec les cĂąbles et les sangles de maintien), tous les spectateurs s’Ă©taient levĂ©s d’un bond en applaudissant Ă  tout rompre, en sifflant, en hurlant d’admiration, en se pĂąmant. C’Ă©tait Ă  se demander si une camĂ©ra cachĂ©e n’Ă©tait pas en train d’ĂȘtre tournĂ©e. Encore un choc culturel

À Kaolack, il y a l’Alliance Franco-SĂ©nĂ©galaise, un lieu dĂ©diĂ© Ă  la culture et l’Ă©ducation. Mais pour ĂȘtre honnĂȘte, nous ne l’avons pas vraiment frĂ©quentĂ©e. Nous l’avons seulement visitĂ©e plusieurs fois, par pure curiositĂ© pour son architecture atypique qui tranche radicalement avec tout le reste.

 

En revanche, il y avait un lieu que nous frĂ©quentions plus assidĂ»ment, c’Ă©tait ce qu’on appelait le “Cercle”. Il s’agissait d’une sorte d’association regroupant tous les coopĂ©rants français vivant Ă  Kaolack. Autant dire que les effectifs n’Ă©taient pas nombreux… D’autres toubabs se joignaient Ă  nous parfois. L’ambiance Ă©tait plutĂŽt conviviale, ça nous permettait de nous retrouver un peu entre nous, et ça faisait du bien parfois !
Le Cercle occupait un local simple et sans prétention, avec un coin bar dans une grande cour ombragée, avec un terrain pour le tennis ou le volley, un coin pour jouer à la pétanque, et aussi de quoi jouer au ping-pong. Il y avait des jeux de cartes et de société, une petite bibliothÚque avec quelques livres empruntables et des magazines, et puis une télévision.
Deux soirs par semaine, des repas Ă  menu fixe Ă©taient organisĂ©s : le lundi c’Ă©tait “brochettes”, et le jeudi c’Ă©tait “spaghetti bolognaise”. Mais le Cercle Ă©tait ouvert chaque jour, on pouvait passer boire un verre quand on voulait. Chacun avait son carnet de compte pour y noter toutes ses consommations, et chacun rĂ©glait sa note Ă  la fin de chaque mois.

 

Concernant la restauration, en dehors des soirĂ©es Ă  thĂšme proposĂ©es par le Cercle, nous avions fini par jeter notre dĂ©volu sur deux gargotes locales situĂ©es en centre-ville. L’une Ă©tait un restaurant tenu par un jeune libanais musulman, et l’autre Ă©tait un restaurant clandestin (mais connu de tout le monde et ayant pignon sur rue) tenu par un libanais catholique d’Ăąge canonique. Nous y mangions correctement (toujours la mĂȘme chose) assez rĂ©guliĂšrement le soir.

Enfin, dĂšs qu’on le pouvait (c’est-Ă -dire quand on avait les moyens financiers ET la possibilitĂ© d’emprunter une voiture Ă  l’entreprise), on s’accordait un week-end de dĂ©tente au bord de l’ocĂ©an, loin de Kaolack… Nous avions pris nos habitudes Ă  Nianing, un domaine pour vacanciers implantĂ© sur la Petite CĂŽte prĂšs de M’Bour. Ça se situait Ă  une centaine de kms de Kaolack, ce qui reprĂ©sentait 1h30 de routes tumulTUEUSES  ! MĂȘme si tout n’Ă©tait pas rose lĂ -bas non plus, c’Ă©tait quand mĂȘme une sacrĂ©e bouffĂ©e d’oxygĂšne Ă  chaque fois…

④  SE SOIGNER ?

Pour les cas de maladies “banales”, Ă  Kaolack la consigne Ă  suivre de prĂ©fĂ©rence pour les toubabs Ă©tait l’automĂ©dication. Si on voulait rester en vie 😁, il Ă©tait vivement dĂ©conseillĂ© d’aller Ă  la clinique, et encore moins Ă  l’hĂŽpital local. Si on ne savait pas diagnostiquer soi-mĂȘme ce qu’on avait, il fallait aller Ă  Dakar. Sinon, dans le pire des cas, c’Ă©tait le rapatriement sanitaire…
Il y avait des pharmacies, mais sur les conseils avisés qui nous avaient été donnés, nous avions embarqué dans nos malles une multitude de médicaments, y compris antibiotiques et traitements paludéens, nous permettant de traiter les affections les plus courantes (angine, rhume, rhino, bronchite, gastro, conjonctivite, etc.). 
Lorsque j’ai eu le paludisme, je me suis soignĂ©e seule avec le traitement appropriĂ© que m’avait prescrit mon mĂ©decin en France avant mon dĂ©part. Quand ce fut le tour de PhilĂ©as d’attraper la malaria, Ă  un niveau plus fort que moi, il nous a fallu aller voir le mĂ©decin du Consulat de France Ă  Dakar.
 
LĂ -bas, faute de moyens mais surtout par tradition ancestrale, pour se soigner, il faut aller voir un guĂ©risseur. Les traitements sont gĂ©nĂ©ralement prĂ©parĂ©s Ă  base de plantes, d’extraits vĂ©gĂ©taux et/ou animaux et parfois mĂȘme de substances minĂ©rales, puis administrĂ©s selon des rituels trĂšs codifiĂ©s oĂč le recours aux esprits et aux grigris est frĂ©quent.
MalgrĂ© tous les pĂ©pins de santĂ© subis pendant notre expatriation, nous n’avons jamais osĂ© avoir recours Ă  ces pratiques. Elles restent encore un mystĂšre pour nous…
pharmacie ambulante sur le bord de la route
 

Changer de quartier (et de ville)

Le SiĂšge de l’entreprise oĂč travaillait PhilĂ©as a dĂ©mĂ©nagĂ© quelques mois aprĂšs notre arrivĂ©e. Nous avons donc fait partie du grand transfert, un joyeux bordel Ă©pique qui mĂ©riterait presque un article Ă  lui tout seul !

 
AprÚs cette tranche de vie éprouvante à Kaolack, nous sommes partis nous installer avec soulagement à THIÈS, ville de 190000 habitants située à 2 heures de route pour 150 kms au Nord-Ouest de Kaolack.  

Tout y semblait mieux (aux premiers abords) : moins loin de la capitale et de la cĂŽte, moins sale (tout Ă©tant relatif), beaucoup plus arborĂ©e, climat moins chaud avec une bonne dizaine de degrĂ©s de moins au thermomĂštre,  une maison (un peu moins sommaire) rien que pour nous dans un quartier plus calme, une supĂ©rette en centre-ville pour y faire ses courses (on y trouvait mĂȘme quelques yaourts, le truc inespĂ©rĂ© !), des mĂ©decins et des pharmacies (qui faisaient aussi office de “banque” lorsqu’il nous fallait faire du change…) dignes de nos standards occidentaux, des restaurants, un vrai cinĂ©ma en intĂ©rieur.

 
 

Cerise sur le gĂąteau, j’avais mĂȘme rĂ©ussi Ă  dĂ©crocher un boulot pas trĂšs loin de notre nouveau quartier… Je travaillais dans une petite entreprise sĂ©nĂ©galaise, avec un patron sĂ©nĂ©galais, uniquement des employĂ©s sĂ©nĂ©galais (dont la plupart Ă©tait ses propres enfants), presque que des clients sĂ©nĂ©galais, et bien sĂ»r j’Ă©tais payĂ©e Ă  la sĂ©nĂ©galaise. J’Ă©tais la seule toubab, objet de toutes les curiositĂ©s, et autant dire que l’immersion professionnelle a Ă©tĂ© un vrai nouveau dĂ©fi, une sacrĂ©e nouvelle aventure et un nouveau choc des cultures… 
Mais ça fera peut-ĂȘtre l’objet d’un nouveau rĂ©cit d’#HistoiresExpatriĂ©es, qui sait ?

 

Toutes les autres participations abordant ce thĂšme sont listĂ©es en fin d’article ici.

 

Toutes mes histoires expatriées sont à retrouver ici

 

10 Comments on “[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Un nouveau “chez soi” 🛖 ailleurs…

  1. Merci Jean-NoĂ«l. Tu vois, aprĂšs toutes ces annĂ©es, et tout le recul, je me rends compte qu'il est toujours aussi difficile d'expliquer (et de faire vraiment comprendre) comment c'Ă©tait lĂ -bas. Les mots ont leurs limites… C'Ă©tait notre grande dĂ©ception avec PhilĂ©as en rentrant : ne pas arriver Ă  "partager" la rĂ©alitĂ©, et pourtant on sait dĂ©crire avec moultes dĂ©tails !!! Il faut l'avoir vĂ©cu pour comprendre…

  2. J'ai vĂ©cu Ă  Kaolack et Ă  ThiĂšs en mĂȘme temps qu'AngĂ©lique car je travaillais dans la mĂȘme entreprise que "PhilĂ©as". Je peux attester que tout ce qu'elle Ă©crit (joliment d'ailleurs) est parfaitement conforme Ă  la rĂ©alitĂ©.

  3. Oui, je suis retournĂ©e au SĂ©nĂ©gal mais pas pour y vivre cette fois, seulement pour des "vacances aventures", et ça change un peu le ressenti. La 1Ăšre fois que j'y suis retournĂ©e c'Ă©tait en 2008, et j'ai retrouvĂ© presque exactement le mĂȘme pays, avec en plus des antennes relais et des tĂ©lĂ©phones portables partout ! Un dĂ©calage trĂšs bizarre… Kaolack s'est beaucoup dĂ©veloppĂ©, mais reste toujours trĂšs sale comme ville.

    En quittant le pays en 1995, j'avais jurĂ© de ne plus y remettre les pieds… Mais c'Ă©tait sans compter sur le virus envouteur de l'Afrique qui ensorcĂšle tout visiteur !
    Depuis 2007, mon mari y retourne chaque année, sac sur le dos, pour faire découvrir ce pays autrement (loin des usines à touristes) à une poignée d'amis, un peu en mode rdv en terre inconnue.
    Nous y avons mĂȘme embarquĂ© nos enfants Ă  deux reprises, et quand ils ont vu Kaolack et lĂ  oĂč on vivait, ils Ă©taient bien content de ne pas ĂȘtre nĂ©s lĂ -bas 🙂 !!!

  4. Quelle expĂ©rience ! J'ai lu ce tĂ©moignage avec beaucoup d'admiration : je crois que j'aurais fui trĂšs vite au bout de la premiĂšre journĂ©e…

    Tu dis ĂȘtre retournĂ©e au SĂ©nĂ©gal, es-tu retournĂ©e dans cette ville ? Je serais curieuse de savoir si (ou plutĂŽt comment) les choses ont changĂ© !

  5. L'expatriation est une grande Ă©cole de la vie, mais c'est vrai que par le biais de l'Afrique, on y reçoit une sacrĂ©e leçon de vie qui donne une toute autre dimension Ă  l'expĂ©rience 🙂 !!!

  6. Mais quelle aventure ! Je suis impressionnĂ©e, pour une premiĂšre expatriation c'est … un peu violent, mais je comprends pourquoi tu es devenue philosophe aprĂšs ça 🙂

  7. ahah 🙂 aventuriĂšre de pacotille oui !!! je ne sais toujours pas comment j'ai pu rĂ©sister… Et pourtant, si j'y suis arrivĂ©e, tout le monde peut y arriver franchement.
    J'adore raconter avec dĂ©rision, sur un ton dĂ©calĂ©. Il vaut mieux en rire (mĂȘme si lĂ -bas, on ne riait pas tous les jours…) Je suis intarissable sur mes aventures au SĂ©nĂ©gal, lorsqu'on y vivait, mais aussi Ă  chaque fois qu'on y retourne en "vacances" 😉 !!!

  8. Je ne connais pas l'Inde (qui me fait peur), mais aprĂšs avoir lu tes 2 articles Ă©voquant ton ressenti sur ce pays, je crois quand mĂȘme que c'est un poil moins extrĂȘme quand mĂȘme.
    Je suis loin d'ĂȘtre une aventuriĂšre, ohlĂ lĂ  si tu savais, plutĂŽt une caricature oui 🙂 !!! Mais il est vrai qu'avant de partir lĂ -bas j'Ă©tais une vraie chochote insupportable, et aprĂšs tout "ça", quand je suis rentrĂ©e en France, j'Ă©tais blindĂ©e ;)…
    Heureusement que je n'ai eu Ă  (sur)vivre Ă  Kaolack que 4 mois. La ville oĂč on a dĂ©mĂ©nagĂ© aprĂšs, a Ă©tĂ© un peu moins Ă©prouvante, en tout cas physiquement.

  9. Ohlalala ça c'est un sacrĂ© dĂ©paysement et un vrai saut hors du nid/cocon familial ! 🙂
    Estelle a raison, tu es une vraie aventuriĂšre ! XD
    J'adore ta maniĂšre de raconter cete phase de ta vie, ce pays… Merci ! 🙂

  10. Wouahouh ce que tu dĂ©cris reflĂšte toutes les phases par lesquelles je suis passĂ©e lors de mon voyage d'un mois en Inde. Et au bout d'un mois, je saturais vraiment et je voulais rentrer en France au plus vite. Mais toi tu l'as fait en 1994 et pendant 2 ans. Tu es une vĂ©ritable aventuriĂšre, c'est une expatriation qui m'impressionne vraiment. Ça n'a vraiment pas dĂ» ĂȘtre facile au quotidien mais je suis sĂ»re que cette expĂ©rience a façonnĂ© la personne que tu es devenue aujourd'hui, ça t'as sĂ»rement transformĂ©e depuis ton retour. En tout cas ton rĂ©cit Ă©tait vraiment intĂ©ressant et les photos parlantes. Eh oui l'expatriation ce n'est pas rose tous les jours et la tienne Ă©tait compliquĂ©e dĂšs le dĂ©part de par la destination.

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