[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Tourisme đŸ§łđŸ“·đŸ•¶ dans le(s) pays voisin(s) 🌍…

 

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(édition n°1905/2019)
(avec pour marraine Kenza, expatriée au Canada)

ThÚme proposé :

LE TOURISME DANS

LES PAYS VOISINS

~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~

 

 

Six pays sont voisins du Sénégal.
La Mauritanie au Nord.
Le Mali Ă  l’Est.
La Guinée Conakry et la Guinée Bissau au Sud.
Les Ăźles du Cap Vert au large des CĂŽtes Ouest.
Et enfin la Gambie enclavée en plein milieu du territoire.
Autant dire que les possibilitĂ©s de dĂ©couvrir et explorer cette vaste zone d’Afrique de l’Ouest Ă©taient nombreuses.

J’aurais pu raconter un dimanche Ă  Bamako, le fascinant pays Dogon, ou encore la mythique “citĂ© de sable” de Tombouctou (saccagĂ©e par les terroristes en 2012).

J’aurais pu montrer des photos de l’archipel des Bijagos, un petit paradis d’Ăźles sacrĂ©es pour le moins mĂ©connues (sincĂšrement, qui connait ou en a dĂ©jĂ  entendu parler ?).

J’aurais pu relater les jours de treks pour explorer le Fouta Djalon, cette magnifique rĂ©gion montagneuse appelĂ©e le “chĂąteau d’eau d’Afrique de l’Ouest”, d’oĂč prennent leur source de grands fleuves africains.

J’aurais pu expliquer comment s’organise la vie des hommes du dĂ©sert et leurs chameaux durant une mĂ©harĂ©e au cƓur du Sahara.

J’aurais pu prĂ©senter chacune des dix Ăźles volcaniques capverdiennes Ă©parpillĂ©es dans l’ocĂ©an Atlantique entre 600 et 900 kms des cĂŽtes africaines.

Oui, j’aurais pu ! Mais je ne le ferai pas car ce serait mentir effrontĂ©ment en rĂ©Ă©crivant mon histoire expatriĂ©e…

En vĂ©ritĂ©, alors que le champ des possibles Ă©tait immense, les circonstances de notre parenthĂšse de vie ailleurs en ont dĂ©cidĂ© autrement. Le contrat de travail de PhilĂ©as stipulait noir sur blanc l’interdiction de toute sortie du SĂ©nĂ©gal. Et puis, quand bien mĂȘme, de toute façon on n’avait pas les moyens de s’offrir des billets d’avion. ForcĂ©ment, dans ces conditions, ça a stoppĂ© net tous projets de tourisme dans les pays voisins. Enfin… presque !

Quand on vivait au SĂ©nĂ©gal au milieu des annĂ©es 90, PhilĂ©as avait envisagĂ© faire Dakar/Bamako en train, une “expĂ©rience” des plus aventureuses s’il en est pour rejoindre le Mali. Sauf que pour ça, il fallait plusieurs jours de congĂ©s, et l’on n’en avait tout simplement pas…
C’est bien dommage car Ă  l’Ă©poque, la ligne ferroviaire existait encore, mais trĂšs alĂ©atoirement (euphĂ©misme) : les jours de dĂ©part des trains n’Ă©taient pas fixes, quand il y avait un train ! Impossible donc de prĂ©voir quoi que ce soit dans le contexte qui nous contraignait.
MĂȘme lorsque ce projet aurait pu voir le jour quelques annĂ©es aprĂšs notre retour dĂ©finitif en France, il n’a pas pu ĂȘtre rĂ©alisĂ© car le train n’existait carrĂ©ment plus…
Bref, on n’a jamais pu aller au Mali par le rail ! #ItWasTheBigFail

On a traversĂ© la Gambie par le bac de Farafenni plusieurs fois pour rejoindre plus “rapidement” la belle rĂ©gion de la Casamance au Sud du SĂ©nĂ©gal (lire le rĂ©cit Ă©pique de ma premiĂšre traversĂ©e ici). Mais point question de tourisme ici, puisqu’on ne s’est jamais arrĂȘtĂ©s pour visiter ce petit pays sans rĂ©el intĂ©rĂȘt Ă  nos yeux.

Pour la GuinĂ©e-Bissau, ce n’Ă©tait pas trĂšs recommandĂ© d’aller y traĂźner ses tongs Ă  l’Ă©poque de notre expatriation. Et puis de toute façon, comme pour la GuinĂ©e Conakry, c’Ă©tait beaucoup trop loin en distance terrestre et en temps. Cela nous Ă©tait donc impossible par la “route”. Quant Ă  l’option “avion”, comme je l’ai dit, c’Ă©tait hors budget.

Le Cap Vert, pour ĂȘtre honnĂȘte, on ne l’avait carrĂ©ment jamais envisagĂ©.

Reste la Mauritanie, tout au Nord, de l’autre cĂŽtĂ© du fleuve SĂ©nĂ©gal constituant la frontiĂšre naturelle. Sur l’autre rive, c’est le dĂ©sert, un bout du mythique Sahara, le territoire des Touaregs.
À l’Ă©poque de notre parenthĂšse expatriĂ©e (en 1994/1995), la situation gĂ©opolitique locale Ă©tait toujours trĂšs tendue tout le long de la zone frontaliĂšre. Le conflit sĂ©nĂ©galo-mauritanien (qui a Ă©clatĂ© en 1989, les frontiĂšres n’ayant Ă©tĂ© rouvertes qu’en mai 1992) avait laissĂ© des traces suite Ă  la rupture des relations diplomatiques et aux dĂ©placements de milliers de rĂ©fugiĂ©s de part et d’autre. Ce pays Ă©tait donc un mystĂšre inaccessible. Autant dire qu’on n’avait jamais espĂ©rĂ© pouvoir y mettre le bout d’un orteil un jour !
Les hasards de la vie (qui, pour le coup, ont bien fait les choses, une fois n’est pas coutume) ont fait qu’un beau jour, mes dix orteils, mes deux pieds (et tout le reste) ont traversĂ© la frontiĂšre “interdite”. Oh pas longtemps… Juste une Ă©chappĂ©e belle d’une longue journĂ©e, mais quelle journĂ©e ! Intense ! Grandiose !

C’Ă©tait lors d’un week-end prolongĂ© (merci les jours fĂ©riĂ©s dĂ©multipliĂ©s par les diffĂ©rents courants religieux locaux ✌), le dernier week-end du petit mois de vacances que mes parents Ă©taient venus passer chez nous Ă  ThiĂšs.
On les avait alors embarquĂ©s Ă  la dĂ©couverte de la rĂ©gion Nord-Ouest du SĂ©nĂ©gal : Saint-Louis, la Langue de Barbarie, Richard Toll, le lac de Guiers (dont je garde un formidable souvenir). Et puis l’opportunitĂ© de faire une virĂ©e dans le dĂ©sert mauritanien s’Ă©tait prĂ©sentĂ©e. On avait sautĂ© sur l’occasion sans hĂ©siter, sans se poser de questions, ne serait-ce que pour l’autorisation de franchir la frontiĂšre Ă  l’improviste. Un dĂ©tail dans grande importance dans ce genre de pays…😏 D’autant plus qu’on Ă©tait sensĂ©s ne pas sortir du territoire sĂ©nĂ©galais, je le rappelle.
PhilĂ©as avait averti son patron d’alors ; celui-ci lui avait donnĂ© sa bĂ©nĂ©diction informelle et non officielle, tout en lui recommandant avec insistance d’ĂȘtre vraiment extrĂȘmement prudents !

Ce petit air d’aventure interdite au goĂ»t de fruit dĂ©fendu n’a fait qu’amplifier les sensations de cette parenthĂšse enchantĂ©e.

C’Ă©tait la premiĂšre fois de ma vie que j’allais dans un vrai dĂ©sert (qui ne ressemble pas tout-Ă -fait Ă  ce que je m’imaginais), et aussi que je voyais des dunes de sable blond Ă  perte de vue. C’Ă©tait magique, irrĂ©el, avec une pointe de frayeur et de montĂ©es d’adrĂ©naline. Tout ce qu’il fallait pour rendre cette virĂ©e furtive inoubliable.

Extrait de mon carnet de bord de l’Ă©poque, illustrĂ© de quelques-unes des rares photos argentiques que j’avais prises ce jour-lĂ .

 

~⟮~⟮~⟮~⟮~ FLASHBACK ~⟮~⟮~⟮~⟮~

 

Dimanche 29 janvier 1995.

Hier, la grande virĂ©e en brousse jusqu’Ă  l’immense lac de Guiers en passant par des minuscules “villages” de nomades peuls, puis en revenant par Richard Toll au milieu des plantations de cannes Ă  sucre, Ă©tait dĂ©jĂ  vraiment super.

Mais alors aujourd’hui, on a atteint des sommets : l’excursion dans le dĂ©sert en Mauritanie Ă©tait absolument gĂ©nialissime !

Cette fois-ci, au dĂ©tour d’une conversation, c’est le patron de l’hĂŽtel (un amoureux fou du dĂ©sert) qui nous a proposĂ© cette balade totalement improvisĂ©e Ă  bord de son gros camion-pick-up 4×4 trafiquĂ© maison, entiĂšrement dĂ©cortiquĂ© pour ĂȘtre garanti 100% aĂ©rĂ© (plus aucun habitacle fermĂ©, il ne reste plus que les armatures, la structure est ainsi transformĂ©e pour ĂȘtre entiĂšrement ouverte).
Deux autres couples passant aussi le week-end lĂ , se sont joints Ă  nous quatre. Parmi eux, une pintade de compĂ©tition qui a su se distinguer avec brio du dĂ©but Ă  la fin de la journĂ©e…

{ Il paraĂźt qu’il y a toujours une chieuse tĂȘte-Ă -claque quelque part… Et bien on l’a eue, c’Ă©tait du trĂšs haut niveau, classĂ©e hors catĂ©gorie…
Petite prĂ©sentation du phĂ©nomĂšne valant son pesant de cacahuĂštes. Bimbo ultra sapĂ©e, couverte de bijoux, savamment coiffĂ©e et maquillĂ©e Ă  outrance comme si elle se rendait Ă  une soirĂ©e huppĂ©e fashion-tendance… sauf qu’on partait pour une expĂ©dition aventureuse plutĂŽt physique (ĂȘtre secouĂ© non-stop Ă  l’arriĂšre du pick-up, c’est du sport !), dĂ©coiffante (c’est le cas de le dire) et salissante, ressemblant plus Ă  une Ă©tape du Paris-Dakar qu’Ă  un dĂ©filĂ© de haute couture ! Il est clair que personne ne l’a avertie (ou alors elle n’a pas bien compris les consignes)… Petit dĂ©tail supplĂ©mentaire qui a mis du piment (et un chouĂŻa de crispations) dans l’ambiance du petit groupe : elle est enceinte de deux mois et l’a bien fait savoir Ă  tout le monde dĂšs le dĂ©part de l’action en posant ses conditions. Manifestement, cette future parturiente n’est pas au courant qu’une grossesse normale n’est ni une maladie, ni un handicap. Elle a voulu s’asseoir devant avec le chauffeur, mais uniquement sur un coussin Ă©pais pour amortir les secousses et Ă©viter ainsi de faire une fausse couche…
On s’est regardĂ©s, dubitatifs et perplexes, en se demandant si l’on n’Ă©tait pas en plein tournage d’une camĂ©ra cachĂ©e. Mais la tĂȘte dĂ©confite et navrĂ©e de son mec en a dit suffisamment long (du genre â‰Ș vraiment dĂ©solĂ©, mais l’excĂšs d’hormones lui monte Ă  la tĂȘte. ≫) pour qu’on comprenne que la scĂšne se jouant en direct live devant nous Ă©tait bien rĂ©elle. }

On est partis de Saint-Louis au petit matin, Ă  la fraĂźche, en longeant le fleuve SĂ©nĂ©gal direction le grand barrage de Diama, situĂ© avant le Parc National du Djoudj (l’un des plus grands parc ornithologique du monde). C’est lĂ  que l’on a traversĂ© le fleuve-frontiĂšre. Je n’ai pas trop compris les formalitĂ©s… Le patron de l’hĂŽtel est allĂ© longuement parlementĂ© avec les agents (armĂ©s de mitraillettes) en poste lĂ  et finalement on est passĂ©s comme ça !?!?

Monsieur PĂ©lican barbote gaiement
aprĂšs les deux piquets, c’est la Mauritanie !
 

 
 
On est alors remontĂ©s dans les terres au milieu de nulle part sur une quarantaine de kms, cheveux au vent, bouffant de la poussiĂšre par tous les trous et copieusement remuĂ©s dans tous les sens. On avançait au grĂ© des envies du patron de notre hĂŽtel, notre super chauffeur du jour. On Ă©tait assis dehors Ă  l’arriĂšre dans le pick-up, sous la bĂąche nous protĂ©geant juste du soleil implacable. On ne savait absolument pas oĂč on allait, ni oĂč on Ă©tait exactement, ni si on prenait des risques inconsidĂ©rĂ©s, mais on se sentait bien, et finalement, c’Ă©tait parfait comme ça.
 
 
 
 

{ La bulle d’insouciance dans laquelle on s’est retrouvĂ©s avec dĂ©lectation ne semblait pas franchement ĂȘtre partagĂ©e par Miss Pintade accrochĂ©e sur son coussin XXL dans la cabine Ă  l’avant… Elle a fait la gueule tout le temps, poussant des cris, soufflant et engueulant son mec Ă  chaque secousse. Et des secousses, ce n’est pas ce qu’il a manquĂ© vu le rodĂ©o qu’on a fait (j’ai eu des courbatures pendant plusieurs jours aprĂšs), alors autant dire qu’elle s’est hyper ventilĂ©e les poumons, pendant que ce pauvre garçon s’en prenait plein la tronche… }
 

Les paysages arides et dĂ©sertiques, avec parfois des Ă©tendues aquatiques surgies de nulle part, sont stupĂ©fiants. Quelques mirages aperçus. Des points d’eau par-ci par-lĂ , ne ressemblant pas vraiment Ă  l’idĂ©e que je me fais d’un oasis. Difficile de penser que des gens parviennent Ă  vivre dans un tel milieu hostile. Et pourtant, de temps en temps, on a observĂ© quelques signes de vie, notamment avec la prĂ©sence de troupeaux dromadaires.
 

non non, ce n’est pas un mirage, c’est bien de l’eau…
troupeau de dromadaires

 
En milieu de journĂ©e, sous un soleil de plomb et une chaleur accablante, on a atteint une zone arborĂ©e, l’endroit idĂ©al pour s’arrĂȘter pique-niquer Ă  l’ombre.

 

AprĂšs avoir bien mangĂ© et bien bu, une fois la peau du ventre bien tendue, on est repartis plein Ouest pour rejoindre l’ocĂ©an. Les paysages ont subitement radicalement changĂ©. On s’est retrouvĂ©s au beau milieu d’une zone avec du sable Ă  perte de vue, c’Ă©tait grandiose ! Je n’ai jamais vu du sable aussi fin et clair.

 

Rouler Ă  fond dans un tel dĂ©cor, monter et descendre les dunes avec le camion donnent des sensations complĂštement dingues. Surtout quand notre chauffeur nous a fait le coup de la panne !!! On y a tous cru, forcĂ©ment, sinon ce ne serait pas drĂŽle… Mais c’Ă©tait juste pour nous montrer comment on utilise les rails pour se sortir d’affaire lorsque l’on se retrouve ensablĂ©s.

{ Miss Pintade n’Ă©tait pas Ă  la fĂȘte Ă  ce moment de l’action… On est passĂ©s Ă  deux grains de sable d’une crise d’hystĂ©rie d’anthologie !!! }
 

Pendant les opĂ©rations de dĂ©sensablement, on est tous descendus du camion. J’en ai profitĂ© pour tester la marche dans le sable en plein cagnard. Ce n’est pas une lĂ©gende, c’est bel et bien Ă©puisant ! Cette sensation de forcer comme un Ăąne en soufflant comme un buffle pour avancer aussi vite qu’un escargot lĂ©thargique, tout en ayant l’impression de faire du surplace est trĂšs bizarre.

rÎtir au soleil, à la recherche de la paix intérieure

 

On a rangĂ© les rails puis on est repartis. L’ocĂ©an est enfin apparu Ă  l’horizon.

 

On s’est arrĂȘtĂ©s sur la plage, une surprise nous attendait ! Le patron de l’hĂŽtel a sorti une grande voile du coffre du camion. Le vent Ă©tait idĂ©al pour la gonfler et nous occuper Ă  faire mumuse avec cet Ă©norme “cerf-volant” une bonne partie de l’aprĂšs-midi.

{ Pendant ce temps, Miss Pintade s’est mise en maillot et a boudĂ© dans son coin… }
 

Je n’en reviens pas de la force qu’il faut avoir pour tenir l’engin. Plus on donne du lest en rallongeant les cordes et plus la puissance se dĂ©multiplie. Quand mon tour est arrivĂ©, je n’arrivais pas Ă  tenir les pieds au sol (il faut dire qu’Ă  cette Ă©poque, j’Ă©tais encore un poids plume…). J’ai bien cru que j’allais carrĂ©ment m’envoler ou, pire, finir dĂ©membrĂ©e tellement mes bras Ă©taient Ă©cartelĂ©s sans que je ne puisse rien faire !!! PhilĂ©as a dĂ» venir Ă  ma rescousse pour m’aider Ă  ramener la voile et m’en dĂ©crocher.

 

 

 Mais ce qui m’a rassurĂ©e c’est que PhilĂ©as a bien bataillĂ© lui aussi !

allĂ©gorie de l’expression “ne pas toucher terre” !

Et puis on a tout remballĂ© et on s’est remis en route pour les 40 kms retour. Cette fois-ci, on a longĂ© la cĂŽte par la plage. Absolument personne Ă  l’horizon. En revanche, tout le long du rivage, la quantitĂ© d’Ă©paves de pĂ©troliers et autres cargos Ă©chouĂ©s est hallucinante.
On roulait Ă  vive allure, zigzaguant dans les vagues nous Ă©claboussant gĂ©nĂ©reusement au passage, c’Ă©tait grisant. L’eau de mer nous a transformĂ©s petit Ă  petit en statues de sel : les cheveux complĂštement emmĂȘlĂ©s et figĂ©s façon stalagmites sur la tĂȘte, la peau dessĂ©chĂ©e et salĂ©e, les yeux irritĂ©s avec les cils enrobĂ©s de cristaux de sel, les lĂšvres gercĂ©es.

{ Miss Pintade, assise devant, Ă©tait aux premiĂšres loges pour se prendre encore plus de flotte que nous Ă  l’arriĂšre. Elle s’est rapidement retrouvĂ©e trempĂ©e jusqu’aux os. Carnage sur sa coiffure et son maquillage… (Je n’ose pas imaginer sa rĂ©action quand elle s’est vue dans un miroir en arrivant Ă  l’hĂŽtel…). Alors qu’on roulait vite et que le vent soufflait, son “chapeau” s’est soudain envolĂ© avant d’atterrir dans l’eau. Elle a poussĂ© un cri de fureur, a ordonnĂ© qu’on s’arrĂȘte sur le champ et a incendiĂ© son mec pour qu’il aille fissa le lui rĂ©cupĂ©rer en courant avant que les vagues ne l’emportent au large. }
 

C’est Ă  ce moment-lĂ  que le camion a dĂ©cidĂ© de ne pas redĂ©marrer ! Et ce coup-ci, ce n’Ă©tait pas un remake du (fake) coup de la panne.
On Ă©tait encore en Mauritanie, loin d’ĂȘtre arrivĂ©s au niveau de la frontiĂšre…

Voyant au bout d’un moment que ce n’Ă©tait pas du tout une blagounette pour nous offrir une derniĂšre dĂ©charge d’adrĂ©naline, mon pĂšre s’en est mĂȘlĂ©. Et heureusement ! (Mon papa Ă©tait un vĂ©ritable Mac Gyver). Il a fini par trouver un moyen de rĂ©parer temporairement la panne avec trois bouts de ficelle, juste de quoi parer au plus pressĂ© et nous permettre de rouler jusqu’Ă  l’hĂŽtel.

Sur le retour, on s’est arrĂȘtĂ©s dans une concession familiale paumĂ©e au milieu de nulle part pour boire le thĂ© traditionnel. La famille nous a accueillis en sortant un immense tapis aux effluves puissants… Les plus dĂ©licats (suivez mon regard…) ont eu du mal Ă  s’y assoir dessus. Ceux qui ne connaissaient rien du rituel des trois thĂ©s n’ont pu rĂ©primer leur grimace de dĂ©goĂ»t en observant le mode de prĂ©paration aprĂšs le “lavage” et essuyage des petits verres avec un chiffon crasseux. Leur salut est venu du gros retard qu’on a pris lors de la vraie panne. Il fallait absolument rentrer au SĂ©nĂ©gal avant le coucher du soleil. Du coup, on n’a pu dĂ©guster qu’un seul des trois thĂ©s. Normalement ça dure des heures…

 

On s’est remis en route, toujours sur la plage, quand soudain, le chauffeur s’est arrĂȘtĂ© sans raison apparente. Enfin… pour nous. Car en rĂ©alitĂ© on Ă©tait arrivĂ©s au niveau de la frontiĂšre… invisible Ă  l’Ɠil nu ! Pas de barrages, pas de barbelĂ©s, pas de clĂŽtures, pas de poste de police des frontiĂšres ni de douane. Rien de tout ça, le nĂ©ant le plus total.
Franchement, celui qui ne connait pas la zone comme sa poche ne peut pas savoir que la frontiĂšre passe juste lĂ . Si l’on ne s’Ă©tait pas arrĂȘtĂ©s pour se signaler aux militaires (surgi de nulle part) postĂ©s Ă  cet endroit, ils nous auraient tirĂ©s dessus comme des lapins avec leur mitraillette !
Dernier coup d’adrĂ©naline… Surtout quand notre chauffeur nous a vaguement expliquĂ© que normalement c’est interdit de passer par lĂ . Je croisais les doigts pour qu’on n’ait pas Ă  faire demi-tour et se retaper le chemin en sens inverse la nuit tombĂ©e…
Heureusement, comme le patron de l’hĂŽtel est un habituĂ©, il les connait bien. Il a emportĂ© un filet garni. Il le leur a offert, et hop, abracadabra, frontiĂšre ouvre-toi ! Sacs de riz, paquets de sucre, doses de thĂ©, lames de rasoir, et le tour a Ă©tĂ© jouĂ©, on est passĂ©s sans aucun problĂšme ✌ !

{ Miss Pintade semble lessivĂ©e par toutes ces Ă©motions et le grand air iodĂ© de l’ocĂ©an. On ne l’a plus entendue caqueter jusqu’Ă  l’arrivĂ©e ! }
 

On est donc revenus Ă  Saint-Louis par la plage oĂč une derniĂšre petite pĂ©ripĂ©tie a terminĂ© cette journĂ©e mĂ©morable.
LĂ , des gamins s’agitaient comme des furies. IntriguĂ©s, on s’est dirigĂ©s vers eux. Ils voulaient tuer un varan Ă  coups de pierres. Le varan est une espĂšce protĂ©gĂ©e en voie d’extinction (Ă  l’Ă©poque de l’action. Je ne sais pas ce qu’il en est de nos jours). Cette bestiole est totalement inoffensive. Enfin, disons que le varan n’est pas du tout agressif, mais il a de quoi se dĂ©fendre s’il se sent menacĂ©. En effet, sa longue queue est trĂšs puissante (un seul coup peut briser une jambe) et il s’en sert de fouet pour chasser l’ennemi.
On a passĂ© plus d’une heure Ă  tenter de capturer le varan pour le sauver d’une mort certaine. Heureusement qu’il Ă©tait petit (seulement un mĂštre de long) car il a donnĂ© beaucoup de fil Ă  retordre au chauffeur, PhilĂ©as et mon pĂšre, les valeureux courageux constituant le commando d’approche.

{ TerrorisĂ©e, Miss Pintade a catĂ©goriquement refusĂ© de bouger de son coussin… }
 

On a vidĂ© la glaciĂšre du pique-nique et les garçons ont tout fait pour pousser cette pauvre bĂȘte affolĂ©e Ă  y entrer et ainsi pouvoir la transporter sans prendre de risques. Mais le varan a fui vers le 4×4 oĂč il a trouvĂ© refuge sur l’essieu de la roue avant. On avait peur de l’Ă©craser en avançant le camion. Pendant ce temps, les gamins nous ont suivis, nous entouraient et Ă©taient survoltĂ©s.
Le patron de l’hĂŽtel a redĂ©marrĂ© trĂšs lentement, le varan s’est dĂ©calĂ© sur le pneu et s’est mis Ă  marcher sur la roue au fur et Ă  mesure que le camion roulait. Puis soudain le varan a sautĂ© sur le sable. PhilĂ©as l’a pris en chasse et lui a sautĂ© dessus en rĂ©ussissant Ă  lui poser la glaciĂšre sur le corps. Mais impossible d’y faire glisser la queue qui fouettait furieusement Ă  l’extĂ©rieur sur le sable. Ils ont rĂ©ussi Ă  finir la manƓuvre grĂące au rail de dĂ©sensablement du 4×4 qu’ils ont glissĂ© doucement en dessous. Une fois le varan capturĂ©, ils ont retournĂ© la glaciĂšre avec le rail en guise de couvercle et on est partis le relĂącher dans le fleuve. Sain et sauf.

C’est aprĂšs ce dernier pĂ©riple hĂ©roĂŻque qu’on est rentrĂ©s Ă  l’hĂŽtel oĂč on a eu la surprise d’y dĂ©couvrir Richard Bohringer et Bernard Giraudeau installĂ©s au bar. Ils Ă©taient lĂ  pour le tournage de leur film “Les caprices d’un fleuve”.

~⟮~⟮~⟮~
 

Le tourisme dans les pays voisins n’a donc malheureusement pas Ă©tĂ© vraiment possible lors de notre parenthĂšse expatriĂ©e au SĂ©nĂ©gal. Mais avec PhilĂ©as, nous avons la ferme intention de remĂ©dier Ă  ça un jour, en fonction des opportunitĂ©s et des situations gĂ©opolitiques locales compliquĂ©es par endroit…
Dans un premier temps, nous avons dans l’idĂ©e de partir en repĂ©rage avec nos sacs Ă  dos pour explorer le Fouta Djalon en GuinĂ©e Conakry. Ce voyage Ă©tait prĂ©vu Ă  l’automne dernier, sauf qu’il a dĂ» ĂȘtre annulĂ© au dernier moment pour des raisons de santĂ©. Mais ce n’est que partie remise !

 
 
~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~

 
 
 
 
Ă©dition n°18 : Leurs coutumes/habitudes devenues miennes. (je n’ai pas participĂ© Ă  ce numĂ©ro)
Ă©dition n°17 : Qu’est-ce qu’on Ă©coute au SĂ©nĂ©gal ?
Ă©dition n°16 : Un mot, une expression…
Ă©dition n°15 : La cuisine…
Ă©dition n°14 : Mon intĂ©gration…
Ă©dition n°13 : Le systĂšme mĂ©dical…
Ă©dition n°12 : Les rapports humains…
Ă©dition n°10 : Le corps ailleurs…
Ă©dition n°7 : Votre coin de France. (je n’ai pas participĂ© Ă  ce numĂ©ro)
Ă©dition n°5 : Mon ailleurs la nuit…
Ă©dition n°4 : Ma nouvelle routine…
édition n°3 : Pourquoi es-tu partie ?
 

Toutes les autres participations abordant ce thÚme sont listées ici.
 
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2 Comments on “[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Tourisme đŸ§łđŸ“·đŸ•¶ dans le(s) pays voisin(s) 🌍…

  1. Oh ouah! Je comprends pourquoi il fallait anticiper la publication, le temps de chercher tes archives, recopier, scanner, quel travail ! Par contre, pourquoi vous n’aviez pas le droit de sortir du pays ? c’est la premiĂšre fois que j’entends ça !

    • C’est un peu le mĂȘme “travail” Ă  chaque Ă©dition pour moi 🙂 !
      Pour rĂ©pondre Ă  ta question : le contexte du lieu d’expatriation (au fin fond du SĂ©nĂ©gal, loin de la capitale, Ă  une Ă©poque oĂč il n’y avait pas tous les moyens de communications modernes) y est pour beaucoup. Pour cette expatriation, mon Homme Ă©tait sous contrat de CSN qui stipulait l’interdiction de sortir du territoire pour des raisons d’assurances et de sĂ©curitĂ©. Je ne sais pas ce qu’il en Ă©tait pour ses collĂšgues expat’ qui avaient un statut professionnel de coopĂ©rant. Et je ne sais pas non plus ce qu’il en est de nos jours.

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