[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Mon ailleurs la nuit… 🌘🌠

 
 
 

https://occhiodilucie.com/
 
(édition n°503/2018)
(avec pour marraine Lucie, expatriée en Italie)

ThÚme proposé : 

MA VILLE/MON PAYS LA NUIT

 
~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~

 

En dĂ©couvrant le thĂšme des #HistoiresExpatriĂ©es de ce mois-ci, je l’ai spontanĂ©ment interprĂ©tĂ© comme une invitation Ă  la dĂ©couverte nocturne des coins branchĂ©s et tendances oĂč sortir, des endroits sympas oĂč se divertir, manger, boire, danser, faire la fĂȘte jusqu’au bout de la nuit. Tout un programme allĂ©chant en thĂ©orie… sauf que, pour moi, ça s’est avĂ©rĂ© ĂȘtre un vĂ©ritable casse-tĂȘte.
Ah bon ? Mais pourquoi ?
 
D’abord parce que je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout, d’un tempĂ©rament noctambule 😊 !  
#JeNeSuisPasUnOiseauDeNuit
 
Ensuite parce qu’entre les mondanitĂ©s et moi, ça n’a jamais Ă©tĂ© l’amour fou, je me sens plutĂŽt mal Ă  l’aise en sociĂ©tĂ©.  
#JeSuisPresqueUneNanaSauvageCachĂ©eAuFondDeSaCaverne 😁
 
Enfin, et surtout, parce que lĂ  oĂč j’ai habitĂ© au SĂ©nĂ©gal, et Ă  l’Ă©poque oĂč on y vivait, ça ne se prĂȘtait pas vraiment Ă  ce qu’on peut s’imaginer de la vie nocturne Ă  l’occidentale…
#JeN’aiPasFranchementAtterriAuBonEndroit

J’aurais pu avoir quelque chose de concret Ă  raconter si on avait habitĂ© Ă  Dakar, capitale infernale coincĂ©e sur la presqu’Ăźle du Cap-Vert. Mais mĂȘme lorsque nous devions y aller pour des formalitĂ©s ou pour rĂ©cupĂ©rer de la famille Ă  l’aĂ©roport, la vie nocturne Dakaroise nous Ă©tait totalement Ă©trangĂšre.
Je peux seulement citer les trois restaurants que nous avions choisis comme point de chute :

➡ Chez Loutcha(rue Mousse Diop). Un Ă©tablissement trĂšs kitsch, incontournable et ultra-frĂ©quentĂ©, tenu (d’une main d’acier) par une Cap-verdienne pur jus. Qui va Ă  Dakar sans aller manger chez Madame Loutcha rate incontestablement une expĂ©rience Ă  vivre. Les rations Ă©taient gargantuesques ; parvenir Ă  finir son assiette Ă©tait un dĂ©fi Ă  chaque fois ! La diversitĂ© des spĂ©cialitĂ©s culinaires proposĂ©es est hallucinante : cuisines cap-verdienne, crĂ©ole, africaine, europĂ©enne, orientale, amĂ©ricaine. Petit dĂ©tail insolite pour les français : on pouvait mĂȘme y commander Ă  l’avance de la choucroute, de la raclette ou encore de la bouillabaisse par exemple. Consulter l’imposant menu (avec ses pages aux messages subliminaux…) annonçait la couleur !!!

Ă  mĂ©diter… relevĂ© des copies dans 4 heures !

➡ La Galette(avenue Georges Pompidou). C’Ă©tait Ă  la fois une pĂątisserie, une boulangerie, un restaurant, un glacier, une crĂȘperie, un salon de thĂ©. Cet endroit Ă©tait tout sauf typiquement sĂ©nĂ©galais… Mais, dĂšs que l’occasion se prĂ©sentait, on aimait y aller pour y manger quelques gourmandises qui nous faisaient cruellement dĂ©faut : des crĂȘpes (salĂ©es et sucrĂ©es) et surtout de vraies glaces (sans l’option tourista qui va gĂ©nĂ©ralement avec ce genre de dĂ©gustation en pays exotiques).

➡ Le Dagorne(rue Dagorne, juste Ă  cĂŽtĂ© d’une entrĂ©e du marchĂ© Kermel). C’Ă©tait un restaurant tenu par des expatriĂ©s. La cuisine proposĂ©e Ă©tait de bonne qualitĂ©. Rien de typiquement local lĂ  non plus, mais ça faisait du bien de sortir de nos “standards locaux” plutĂŽt mĂ©diocres d’expatriĂ©s…

Chose Ă  peine croyable, plus de 20 ans aprĂšs les avoir frĂ©quentĂ©s Ă©pisodiquement, ces trois Ă©tablissements existent encore aujourd’hui. Ils se trouvent dans l’incontournable quartier plateau”, cƓur nĂ©vralgique de la capitale oĂč se situaient alors les plus vieux bĂątiments, ainsi que le Palais PrĂ©sidentiel, la grande Place de l’IndĂ©pendance ou encore la Gare ferroviaire de style colonial. Ce quartier Ă©tait comme un centre-ville historique. Depuis, les choses ont beaucoup Ă©voluĂ©, les vieilles bĂątisses tombĂ©es en ruine ayant Ă©tĂ© remplacĂ©es par des bĂątiments modernes et chics.

Hormis Dakar, j’aurais pu aussi Ă©voquer des bonnes adresses et des bons plans si on avait vĂ©cu dans la principale rĂ©gion touristique du SĂ©nĂ©gal, appelĂ©e la Petite CĂŽte. Mais c’est tellement clichĂ© que ça n’aurait absolument rien de typique puisque l’ambiance dans ces coins-lĂ  est 100% artificielle. Elle est uniquement destinĂ©e aux touristes dĂ©sireux de dĂ©paysement Ă  l’africaine (mais pas trop quand mĂȘme…).
Ceci dit, il est toujours sympa d’assister Ă  un petit concert de tam-tam et djembĂ©s sous les Ă©toiles et Ă  la lueur d’un feu de camp allumĂ© sur une plage

 

Lorsque nous vivions Ă  Kaolack puis Ă  ThiĂšs, nos seules sorties nocturnes habituelles Ă©taient soit au resto, soit au cinĂ©, soit au Cercle des coopĂ©rants français (qui n’existait qu’Ă  Kaolack), comme je l’expliquais dans la 1Ăšre Ă©dition des #HistoiresExpatriĂ©es.

Me trouvant fort dĂ©pourvue pour parler de la vie noctambule au pays de la Teranga, j’ai alors envisagĂ© le thĂšme sous un angle diffĂ©rent, comme une invitation Ă  des balades citadines nocturnes pour dĂ©couvrir la beautĂ© des villes illuminĂ©es, des bĂątiments et monuments mis en valeur par de puissants Ă©clairages.
Oui mais voilĂ , pour pouvoir illuminer/Ă©clairer, il faut de l’Ă©lectricitĂ©… L’Ă©clairage urbain au SĂ©nĂ©gal n’Ă©tait pas trĂšs rĂ©pandu, pour ne pas dire quasiment inexistant en dehors des lieux touristiques (et encore) ! Et puis avec le flĂ©au des incessantes coupures de courant intempestives, c’Ă©tait folklorique. Visiter by-night une ville Ă  la lampe frontale, ça pourrait ĂȘtre un concept insolite, mais ce n’est quand mĂȘme pas le top du top !

naviguer Ă  l’aveugle…

Bref, comme j’ai malgrĂ© tout envie de participer Ă  ce nouveau rendez-vous des #HistoiresExpatriĂ©es, je vais parler de ce que peut m’Ă©voquer la nuit au SĂ©nĂ©gal

La premiĂšre chose qui me vient Ă  l’esprit c’est qu’il fait nuit tĂŽt sous ces latitudes ! À 19h, c’est pliĂ©, le soleil s’est couchĂ© et le nuit ne tarde pas Ă  tout envelopper de son intense obscuritĂ©. Le jour se lĂšve tout aussi tĂŽt. Nos organismes ont fini par se caler sur un nouveau rythme biologique, celui du soleil. Ce qui ne veut pas dire qu’on allait forcĂ©ment se coucher comme les poules 😁 !  
L’arrivĂ©e de la nuit Ă©tait synonyme de trĂȘve (toute relative) pour nos corps en surchauffe, malmenĂ©s par les tempĂ©ratures infernales de la journĂ©e.
Et puis, comme je l’ai dĂ©jĂ  expliquĂ© prĂ©cĂ©demment ici, nos nuits Ă©taient absolument magiques et restent inĂ©galĂ©es dans leur catĂ©gorie. Les animaux environnants avaient aussi leur part de responsabilitĂ© : entre les Ăąnes qui ne cessaient de braire en imitant le grincement d’une pompe grippĂ©e, les coqs en jetlag qui chantaient mĂȘme la nuit, les chiens qui aboyaient, les chats qui se battaient Ă  grands cris, les moutons et les chĂšvres qui bĂȘlaient, les cochons qui grognaient et les innombrables oiseaux qui piaillaient, l’ambiance nocturne Ă©tait assurĂ©e !

Pour les sĂ©nĂ©galais, dĂšs la nuit venue, la vie se poursuit Ă  l’extĂ©rieur. Soulagement des corps mais pas forcĂ©ment des tympans… comme je l’ai racontĂ© lĂ .

En brousse aussi toutes les occasions sont bonnes pour faire la fĂȘte autour d’un feu, au son d’un tam-tam. Les enfants ne manqueraient ces parenthĂšses d’insouciance pour rien au monde ! La nuit venue est pour eux propice aux petits plaisirs de la vie, aussi simples et basiques soient-ils : savoir se contenter de peu, c’est peut-ĂȘtre ça la clĂ© du bonheur ?

Ce sont d’ailleurs les nuits passĂ©es en brousse qui m’ont le plus envoĂ»tĂ©e. J’y ai dĂ©couvert tous les bruits de la nature africaine, une expĂ©rience un peu paradoxale pour moi car j’Ă©tais Ă  la fois effrayĂ©e et fascinĂ©e.
À la base, je croyais naĂŻvement que dĂšs le soleil couchĂ©, toute la vie se mettait en stand-by. Mais en rĂ©alitĂ©, il n’en est absolument rien, bien au contraire ! Le monde sauvage nocturne prend le relais, et autant dire qu’il y a de l’ambiance avec plein de bruits inconnus.

Dans un tel contexte, on dort bizarrement… quand on parvient Ă  s’endormir vraiment ! C’est comme dans un demi-sommeil, on somnole, on est entre deux eaux. Curieusement, on dort sans vraiment dormir, on entend tout ce qui se passe et tous ces bruits inconnus mettent tous les sens en alerte. On est Ă  la fois comme connectĂ© Ă  la nature environnante tout en Ă©tant en plein rĂȘve. Non non, je n’ai pris aucune substance stupĂ©fiante avant d’Ă©crire, mais c’est trĂšs difficile Ă  expliquer. Écouter la faune des alentours est fascinant.  

Chaque fois oĂč j’ai dormi en brousse a Ă©tĂ© une expĂ©rience inoubliable, aussi bien exaltante que flippante parfois !

Comme par exemple lors de diffĂ©rents bivouacs au cƓur du Parc du Niokolo Koba au SĂ©nĂ©gal Oriental. Une fois, sans le savoir sur le moment (sinon j’aurais fait un arrĂȘt cardiaque de terreur), j’ai passĂ© une partie de la nuit allongĂ©e Ă  cĂŽtĂ© d’un python royal (je prĂ©cise que j’ai une peur panique des serpents !!!) venu se blottir contre mon dos, avec juste la toile de ma tente entre lui et moi. Pourtant j’ai tentĂ© d’identifier ce que pouvait bien ĂȘtre ce bruit rĂ©gulier vraiment trĂšs bizarre de souffle/sifflement derriĂšre moi, mais en vain… J’avais alors cru que c’Ă©tait le coussin gonflable de PhilĂ©as qui Ă©tait crevĂ© et qui se dĂ©gonflait petit Ă  petit.
Une autre fois, j’ai entendu des cris effroyables ponctuant un chahut d’origine animale pas possible : c’Ă©tait une hyĂšne qui avait dĂ©vorĂ© un bĂ©bĂ© singe tombĂ© d’un arbre juste Ă  quelques mĂštres de la tente. Cette nuit-lĂ , Ă  peine quelques heures auparavant, je m’Ă©tais Ă©merveillĂ©e de la jolie genette qui trĂŽnait fiĂšrement sur une branche au-dessus de nos tentes… Le rĂ©cit de ce moment Ă©pique est lĂ .

une magnifique genette impassible…
 
L’une de mes plus extraordinaires nuits sĂ©nĂ©galaises fut celle d’un rĂ©veillon du jour de l’Ansingulier passĂ© chez les BĂ©diks Ă  Iwol, petit village perchĂ© en haut d’une colline au fin fond du SĂ©nĂ©gal oriental. Cette nuit-lĂ , nous avons eu le privilĂšge exceptionnel de voir la Danse des Masques Chamboumbou. Je l’ai racontĂ©e ici.

 

 
 
Enfin, la nuit m’Ă©voque forcĂ©ment les couchers et levers de soleil. C’est incontournable mais ce sont toujours des moments magiques. Alors pour terminer cet article en images, en voici quelques-uns de mon ailleurs. 
Bonne nuit !
fleuve Gambie, parc du Niokolo Koba
dans le Siné Saloum
sur l’Ăźle Mar Lodj dans le SinĂ© Saloum
Plage de Cap Skirring en Casamance
Plage de Cap Skirring en Casamance
Plage de Cap Skirring en Casamance
presqu’Ăźle du Cap-Vert du cĂŽtĂ© de Dakar-Yoff
presqu’Ăźle du Cap-Vert du cĂŽtĂ© de Dakar-Yoff
presqu’Ăźle du Cap-Vert du cĂŽtĂ© de Dakar-Yoff
en Casamance
dans le Siné Saloum
dans le Siné Saloum

 

~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~⟮~
 
 
 
 
Ă©dition n°4 : Ma nouvelle routine…
édition n°3 : Pourquoi es-tu partie ?

Toutes les autres participations abordant ce thĂšme sont listĂ©es en fin d’article ici.

8 Comments on “[ #HistoiresExpatriĂ©es ] Mon ailleurs la nuit… 🌘🌠

  1. Merci pour ton commentaire.
    Je n'ai aucune photo des plats typiques des restaurants, dĂ©solĂ©e. Il ne te reste plus qu'Ă  y aller, en prioritĂ© "Chez Loutcha" pour les voir en vrai et les photographier 😉 !!!

    Si le SĂ©nĂ©gal te fait rĂȘver alors tu trouveras de quoi lire et regarder sur mon blog, car j'en parle beaucoup 😂… Le SĂ©nĂ©gal et moi, c'est une trĂšs vieille et longue histoire compliquĂ©e😊.

  2. Oh je deceiver tout juste ton blog, et ton article est magnifique ! J'aurais aimĂ© voir les photos de ces portions de plat de folie que tu dĂ©cris. Les photos du coucher de soleil sont sublimes ! Le Senegal me fait rĂȘver depuis longtemps, mais je n'ai pas encore la chance d'y aller !

  3. J'adore l'angle qu'a pris cet article, comme quoi on a tous des histoires trÚs différentes à raconter !

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