Mes oiseaux migrateurs đŸ•ŠïžđŸ•ŠïžđŸ•Šïž

PRÉAMBULE

 
C’est au printemps 1989, peu aprĂšs le dĂ©cĂšs de mon grand-pĂšre paternel, que j’ai dĂ©cidĂ© de me lancer dans une folle quĂȘte (sans fin), celle de mes origines. Autour de moi, on se demandait quelle mouche m’avait encore piquĂ©e…
 
Je passais alors mon BAC en juin, puis je partais faire mes Ă©tudes Ă  la fin de l’Ă©tĂ©. J’allais avoir 18 ans en dĂ©cembre de cette annĂ©e-lĂ , autant dire pas vraiment l’Ăąge habituel pour scanner son passĂ©.
J’ai plongĂ© dans le chaudron de la gĂ©nĂ©alogie avec l’enthousiasme dĂ©mesurĂ© et la fougue inĂ©branlable de ma jeunesse, et ce qui devait arriver arriva : la passion qu’elle engendre (inĂ©vitablement) m’a aussitĂŽt engloutie toute entiĂšre et ne m’a plus jamais lĂąchĂ©e depuis. Le dĂ©sir d’explorer mes gĂšnes s’est gravĂ© dĂ©finitivement dans mon ADN.
 
C’est ainsi que j’ai fouillĂ© le passĂ©, cherchĂ© partout, remuĂ© ciel et terre, inondĂ© les mairies et les paroisses de courriers, bombardĂ© de questions mon entourage, mis les pieds dans le plat parfois… J’ai aussi hantĂ© les archives dĂ©partementales dĂšs que je n’avais pas cours, le nez plongĂ© pendant des heures dans de vieux grimoires registres bourrĂ©s de poussiĂšres et de moisissures auxquelles je suis hautement allergique… Je repartais systĂ©matiquement de la salle de lecture les poumons en alerte asthmatique, le nez et les yeux rougis et ruisselants en alerte dĂ©mangeaison, ressemblant plus Ă  une lapine atteinte de myxomatose qu’Ă  une Ă©tudiante en expertise comptable…
 
Petit Ă  petit, j’ai fait la connaissance de mes ascendants de plus en plus lointains dans le temps. Mais j’ai aussi (et surtout) dĂ©couvert un pan de mon histoire familiale “rĂ©cente”, celle qui Ă©tait dĂ©jĂ  connue de mes aĂźnĂ©s et qui ne m’avait pas spontanĂ©ment Ă©tĂ© encore racontĂ©e, mais aussi celle que personne ne connaissait et qui a pu parfois stupĂ©fier.
 
Avec l’avĂšnement d’internet, des barriĂšres gĂ©ographiques Ă  mes recherches sont tombĂ©es. Poursuivre mon enquĂȘte en a ainsi Ă©tĂ© facilitĂ©e. Cela m’a permis d’en dĂ©couvrir encore plus, de croiser sur la toile des cousins gĂ©nĂ©alogiques, dont certains ont Ă©tĂ© la clĂ© pour me permettre de dĂ©verrouiller des lignĂ©es insaisissables mystĂ©rieusement bloquĂ©es pendant plus d’une dĂ©cennie.
Depuis 30 ans maintenant, Ă©pisodiquement, je remonte le fil du temps avec une patience infinie (impatiente que j’Ă©tais dans la vie… la magie de la gĂ©nĂ©alogie), Ă  travers les branches de mon arbre ancestral.
 
Il est temps pour moi dĂ©sormais de laisser une trace de certaines de mes trouvailles quelque part, avant qu’il ne soit trop tard. Ce sera ici, sur mon blog, Ă  travers des voyages dans le temps.
 
Je consacre ce premier rĂ©cit Ă  l’histoire de mes oiseaux migrateurs, des ancĂȘtres voyageurs qui, par la force des choses, ont tout quittĂ©, ont fui, ont mis les voiles, pour suivre une autre destinĂ©e que celle qui Ă©tait tracĂ©e. Embarquement immĂ©diat pour un voyage dans le temps Ă  travers l’Italie, l’Allemagne, la France, l’Espagne, le Maroc et l’AlgĂ©rie.
 
 
 
 

đŸ•Šïž ITALIE 🇼đŸ‡č – ALLEMAGNE đŸ‡©đŸ‡Ș – FRANCE đŸ‡«đŸ‡· đŸ•Šïž


 
Mon grand-pÚre maternel italien est né en 1916 dans un wagon à Duisburg en Allemagne.
Il a Ă©tĂ© prĂ©nommĂ© Banditto qui se traduit (en enlevant un “t”) par « bandit »… Avec un tel prĂ©nom si unique, il ne pouvait qu’avoir une destinĂ©e tout aussi singuliĂšre !
Ceci dit, ses deux frĂšres et ses deux sƓurs ne sont pas en reste niveau originalitĂ© puisqu’ils ont Ă©tĂ© appelĂ©s pour leur part (prĂ©noms traduits) : Lion, Fourche (bĂ©bĂ© n’ayant pas survĂ©cu), HyĂšne et ÉlysĂ©e !
(de gauche à droite) HyÚne, (nonna) Margherita, Elysée, Bandit, Lion
 
À l’origine de ces choix trĂšs personnels de prĂ©noms si provocateurs particuliers, ses parents : nonno Angelo et nonna Margherita, athĂ©es anticlĂ©ricaux tendance anarchistes assumĂ©s (ceci explique peut-ĂȘtre cela…).
 
nonno Angelo

nonna Margherita
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ils se sont rencontrĂ©s par hasard (mais le hasard existe-t-il vraiment ?) dans une taverne Ă  l’occasion d’une fĂȘte de village au pied des Dolomites dans le nord de l’Italie. Lui Ă©tait bel homme, bien habillĂ©, trĂšs Ă©lĂ©gant, et il aimait danser passionnĂ©ment. Elle en tomba Ă©perdument amoureuse, au point de lui donner une photo au dos de laquelle elle Ă©crivit : « Toi qui sauras m’aimer, tu auras mon cƓur en cadeau… ». DĂ©claration spontanĂ©e sacrĂ©ment osĂ©e pour une toute jeune femme au dĂ©but du 20Ăšme siĂšcle non ?
 
À cette Ă©poque, nonno Angelo vivait en Allemagne depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , et comme il le faisait rĂ©guliĂšrement, il Ă©tait revenu en “vacances” dans sa rĂ©gion natale vĂ©nitienne.
Les circonstances de son expatriation sont assez rocambolesques. Il voulait absolument rejoindre ses quatre grands frĂšres qui avaient Ă©migrĂ© dans le bassin de la Ruhr en Allemagne Ă  la fin du 19Ăšme siĂšcle. Un beau jour, alors qu’il devait avoir seulement 11 ou 12 ans, il s’est enfui de chez lui, est montĂ© en cachette dans le train ramenant ses frĂšres en Allemagne et a dĂ©barquĂ© clandestinement lĂ -bas. Objectif atteint.
 
Nonna Margherita fut tellement conquise qu’elle voulut l’Ă©pouser et partir vivre avec lui en Allemagne. Sauf que ses parents s’y opposĂšrent catĂ©goriquement, considĂ©rant l’Ă©lu du cƓur de leur fille comme peu fiable et financiĂšrement trop prĂ©caire Ă  leurs yeux (en d’autres termes : pas un bon parti…).
Mais nonna Margherita avait un point commun avec son cher et tendre : une dĂ©termination affirmĂ©e Ă  ĂȘtre libre de dĂ©cider de sa vie !
Elle partit alors Ă  Milan pour s’y faire employer comme domestique dans une famille aisĂ©e, le temps de gagner suffisamment d’argent pour rejoindre son RomĂ©o qui Ă©tait retournĂ© travailler dans la mĂ©tallurgie allemande. Il lui fallut plus de temps que prĂ©vu car nonna Margherita dĂ©pensait sans compter parfois. Elle racontait qu’elle avait payĂ© l’Ă©quivalent d’un mois de salaire une belle robe destinĂ©e Ă  ĂȘtre portĂ©e quand elle retrouverait son amoureux.
Les frĂšres de nonno Angelo finirent par envoyer de l’argent aux parents de nonna Margherita pour constituer une dot et pouvoir ainsi se marier. LĂ , contre toute attente, ce fut le pĂšre de nonno Angelo qui dĂ©conseilla vivement Ă  la nonna Margherita d’Ă©pouser son propre fils prĂ©tendant que c’Ă©tait un “voyou”.
 
Mais c’est bien connu, l’amour est plus fort que tout…
 
En 1910, nonna Margherita claqua la porte de chez ses parents et partit seule s’installer Ă  Duisburg. Elle fut hĂ©bergĂ©e chez l’un des frĂšres de nonno Angelo jusqu’Ă  ce qu’ils se marient civilement quelques mois plus tard.
Les premiĂšres annĂ©es, ils vĂ©curent heureux et eurent leurs quatre premiers enfants : Leo, Forca, Iena et papy Banditto. Ils gagnaient bien leur vie, nonno Angelo travaillant dans des usines sidĂ©rurgiques, nonna Margherita Ă©tant cuisiniĂšre dans une cantine ouvriĂšre et s’occupant des autres migrants italiens qui cohabitaient avec eux.
 
Il paraĂźt que l’amour rend aveugle et que le mariage lui rend la vue…
 
Les choses commencĂšrent Ă  se gĂąter. Nonna Margherita racontait avec nostalgie qu’ils auraient pu acheter une maison et rester vivre en Allemagne, mais nonno Angelo ne s’en souciait pas, il vivait la grande vie, ne manquant de rien et surtout pas de caisses de biĂšres sous la table…
Et puis la premiĂšre guerre mondiale Ă©clata. Au dĂ©but, les travailleurs Ă©trangers continuĂšrent Ă  travailler dans les usines de sidĂ©rurgie transformĂ©es en usines militaires dĂ©diĂ©es Ă  la fabrication de canons. Au fil du temps, la vie est devenue de plus en plus dure, il n’y avait plus suffisant Ă  manger pour tout le monde, y compris pour les allemands eux-mĂȘmes. Jusqu’au moment oĂč, en 1917, les familles de migrants italiens furent contraintes de se sĂ©parer pour quitter l’Allemagne : seuls les hommes furent retenus pour continuer Ă  travailler dans les usines.
 
C’est alors que nonna Margherita accomplit la migration la plus mĂ©morable et Ă©prouvante de sa vie. Elle dut partir seule avec ses trĂšs jeunes enfants (dont mon grand-pĂšre Banditto qui n’avait mĂȘme pas un an) et quelques maigres affaires sous le bras. Elle dut parcourir Ă  pied les 900 kms qui sĂ©parent Duisburg de Piovena son village en Italie, survivant durant toute cette expĂ©dition au jour le jour avec des moyens de fortune, sans nourriture ni possibilitĂ© de se laver.
 
900 kms…
Ă  pied…
seule avec ses enfants de un Ă  six ans…
et il leur a fallu traverser les Alpes par le Tyrol et les Dolomites…
en 1917…
 
De cette grande traversĂ©e, elle rĂ©pĂ©tait sans cesse « UN MOIS ET QUATRE JOURS DE VOYAGE !!! », sous-entendu “voyage aventureux et mythique”… (c’est un euphĂ©misme !)
 
Quand je regarde aujourd’hui sur googlemaps ce que peut reprĂ©senter une telle route, ça me laisse encore plus sans voix. Un vĂ©ritable exploit Ă  mes yeux !
 
ArrivĂ©e Ă  la frontiĂšre italienne, tous ses biens personnels de valeur ainsi que les cartes d’identitĂ© lui furent confisquĂ©s.
Une fois de retour dans sa famille, durant les annĂ©es de guerre restantes et d’invasion autrichienne, tout leur fut rĂ©quisitionnĂ©s. Les soldats prenaient tout ce qu’ils voulaient, toute la nourriture dont ils avaient besoin. Ce qui l’Ă©pargnera de bien des soucis c’est qu’elle parlait allemand et qu’ainsi elle rĂ©ussissait Ă  “amadouer” les envahisseurs en leur racontant qu’elle Ă©tait expatriĂ©e en Allemagne jusque-lĂ  et qu’elle y avait une belle vie.
 
Ce n’est que lorsque la guerre fut finie, et en raison de l’effondrement Ă©conomique qui s’ensuivit en Allemagne, que nonno Angelo retourna en Italie en 1918. Il retrouva femme et enfants. Un petit dernier naquit en 1919.
Comme il n’y avait plus d’activitĂ©s dans les usines allemandes, il ne put retourner y travailler. Alors en 1921, il dĂ©cida de quitter sa famille pour partir travailler en France. Cet exil solitaire durera sept ans. Sept annĂ©es sans jamais donner de nouvelles ni envoyer d’argent Ă  nonna Margherita qui dut s’occuper toute seule de leurs quatre enfants. Sept annĂ©es de mystĂšre absolu dont personne n’a jamais su les dessous de l’histoire. Il se contentait de raconter vaguement que pendant toute cette pĂ©riode, il avait travaillĂ© Ă  Paris Ă  la gare de Lyon et qu’il avait Ă©tĂ© entretenu par des prostituĂ©es qui l’avaient trouvĂ© si beau…
 
À ce jour, toutes mes recherches sont restĂ©es infructueuses ; je n’ai encore jamais rĂ©ussi Ă  trouver la moindre “preuve” de cette tranche de vie parisienne. Les archives ferroviaires que j’ai pu interroger sont formelles : elles n’ont aucune trace de nonno Angelo dans leurs registres.
 
De retour de France, les années passÚrent. Il vécut une toute derniÚre parenthÚse expatriée pendant la seconde guerre mondiale : en 1942, nonno Angelo était encore en Allemagne. AprÚs quoi il revint définitivement en Italie et y retrouva nonna Margherita.
 
 
 
 
AprĂšs ĂȘtre nĂ© en Allemagne, Papy Banditto a donc grandi en Italie, sans vraiment connaĂźtre son pĂšre (nonno Angelo), absent, pendant son enfance. Il n’est pas allĂ© Ă  l’Ă©cole longtemps, il a dĂ» travailler dĂšs son adolescence.
 
AccusĂ©, dans des circonstances pas trĂšs claires, de vol dans l’entreprise oĂč il Ă©tait “apprenti”, Papy Banditto s’est vu contraint de quitter sa famille pour aller “purger sa peine” dans une confrĂ©rie religieuse Ă  600 kms de chez lui, du cĂŽtĂ© de Rome. Se retrouver en “prison” chez des moines, lui, un athĂ©e convaincu, c’est un peu un comble Ă  la limite de l’humiliation.
Cette pĂ©riode de sa vie est restĂ©e assez obscure et plutĂŽt mystĂ©rieuse. Ce qui a attisĂ© ma curiositĂ© Ă©videmment… Mon enquĂȘte m’a finalement permis de dĂ©couvrir contre toute attente que, lĂ -bas, il a Ă©tĂ© baptisĂ© religieusement peu de temps avant de fĂȘter ses 18 ans (une partie du prix Ă  payer pour son absolution).
Il y a juste un dĂ©tail qui “coinçait” pour les curĂ©s : son prĂ©nom… Banditto… chez les catho, ça fait dĂ©sordre…
Il sera alors rebaptisĂ© Carlo Maria Victor. C’est Ă  partir de lĂ  que son prĂ©nom d’usage “officiel” deviendra Charles, Banditto n’Ă©tant plus utilisĂ© que pour l’Ă©tat civil et l’administratif.
Cette dĂ©couverte d’un baptĂȘme contraint fut un vĂ©ritable coup de thĂ©Ăątre familial tellement cela paraissait impossible. Ce secret avait Ă©tĂ© bien gardĂ© manifestement !
 
 
 
 

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Tout juste adulte, Papy Banditto, viscĂ©ralement opposĂ© au rĂ©gime fasciste instaurĂ© en Italie par Mussolini, ne trouve son salut que dans l’exil et, pour Ă©viter d’ĂȘtre enrĂŽlĂ© contre son grĂ© dans l’armĂ©e, dĂ©cide de s’enfuir de son pays par n’importe quel moyen. L’opportunitĂ© se prĂ©sente en 1936/1937 (la date rĂ©elle reste mystĂ©rieuse) : il part vers la France avec son Ă©quipe de football pour une compĂ©tition sportive. Officiellement, il apparaĂźt sur un passeport collectif Ă  Paris, mais aucun retour en Italie n’est enregistrĂ©. MystĂ©rieusement disparu des radars, sa trace rĂ©apparaĂźt du cĂŽtĂ© de Lyon.
Je n’ai pas rĂ©ussi Ă  avoir de dĂ©tails de cet exil incroyable, ni Ă  savoir oĂč il s’est cachĂ© ni qui l’a aidĂ©. Tout ce que je sais c’est qu’en Italie, comme tous ceux qui ont fui comme lui, il a Ă©tĂ© accusĂ© par le rĂ©gime fasciste de traitre dĂ©serteur antifasciste et condamnĂ© Ă  mort par contumace par un tribunal militaire.
Comme il n’a jamais Ă©tĂ© “capturĂ©” par les autoritĂ©s fascistes, une mise en scĂšne d’exĂ©cution a Ă©tĂ© organisĂ©e : des pantins, faits de paille, reprĂ©sentant chacun des “dĂ©serteurs”, furent officiellement fusillĂ©s en place publique… en guise d’avertissement Ă  la population…
papy Banditto
 
Pendant ce temps, l’instinct de survie de PĂ©pĂ© Banditto lui a permis de trouver un moyen de sortir de sa “cavale” : il s’est engagĂ© dans la LĂ©gion ÉtrangĂšre fin 1937. Au final, il y restera durant huit annĂ©es, jusqu’Ă  la fin de la guerre en 1945.
 
Durant cette période, il est envoyé en Algérie et enfin au Maroc.
 
Je ne m’Ă©tends pas sur l’Ă©pisode “soldat de la seconde guerre mondiale” pour le compte de la France. Il y a survĂ©cu, il a juste Ă©tĂ© blessĂ© en sautant sur une mine. Il a Ă©tĂ© mĂ©daillĂ© et s’est vu attribuer la croix de guerre avec Ă©toile d’argent.
 
Une fois dĂ©gagĂ© de ses obligations militaires et de la LĂ©gion Ă©trangĂšre, il est restĂ© vivre au Maroc jusqu’en 1956. Il y Ă©tait chauffeur et mĂ©canicien.
 
Durant l’hiver 1956, il quitte dĂ©finitivement le Maroc pour le sud de la France avec ma mĂšre ĂągĂ©e de 7 ans, ainsi que sa deuxiĂšme Ă©pouse, italienne (son amour de jeunesse restĂ©e coincĂ©e en Italie lors de son exil en France) et leur fils bĂ©bĂ©.
Il sera veuf une seconde fois, se remariera avec une troisiĂšme femme dont il divorcera au bout de deux ans, avant de finalement se marier une quatriĂšme et derniĂšre fois.
 
Il a succombĂ© Ă  une crise cardiaque le 5 dĂ©cembre 1980 dans ma ville natale du Gard, la veille de mes 9 ans…
 
 
C’est lorsqu’il vivait Ă  Port-Lyautey (renommĂ©e KĂ©nitra depuis), au Maroc, qu’il a rencontrĂ© ma grand-mĂšre Olga. Il l’a Ă©pousĂ©e en 1948, dans la foulĂ©e lui a fait une enfant (ma mĂšre) nĂ©e neuf mois et demi aprĂšs leurs noces en 1949.
 
ma maman
 
Tout semblait lui sourire. Mais la romance fut de trĂšs courte durĂ©e… Le destin en a dĂ©cidĂ© autrement.
Il va ĂȘtre veuf l’annĂ©e suivante en 1950. Mamie Olga n’avait pas 26 ans, elle n’a pas survĂ©cu Ă  une intervention chirurgicale.
Il venait Ă  peine d’obtenir sa nationalitĂ© française. Il s’est retrouvĂ© seul avec un bĂ©bĂ© et un mĂ©tier de chauffeur/routier/mĂ©canicien peu compatible. Pour lui prĂȘter main forte, il a fait venir d‘Italie sa sƓur Iena. Elle a Ă©tĂ© en quelque sorte une maman de substitution pour ma mĂšre qui m’a toujours dit qu’elle adorait les moments oĂč elle allait en vacances en Italie chez sa tante.
Au bout de quelques temps, pour conserver la garde de ma mĂšre, papy Banditto a dĂ» lutter contre les menaces “d’enlĂšvement” de la part de ses beaux-parents (c’est en tombant par hasard sur de vieux courriers que j’ai dĂ©couvert cette Ă©pisode sordide), un couple endeuillĂ© en mal d’enfants aprĂšs avoir d’abord tragiquement perdu leur unique fils de 10 ans, Ă©crasĂ© par une voiture peu d’annĂ©es auparavant, puis mamie Olga leur unique fille qui a succombĂ© Ă  l’hĂŽpital d’une anesthĂ©sie gĂ©nĂ©rale alors qu’elle n’Ă©tait qu’une jeune maman.
 
mariage Ă  Port-Lyautey le 9 octobre 1948.
 
 

đŸ•Šïž ALGÉRIE đŸ‡©đŸ‡ż – MAROC đŸ‡Č🇩 đŸ•Šïž


 
 
Mamie Olga a toujours Ă©tĂ© un mystĂšre pour moi. ForcĂ©ment, ma mĂšre n’en ayant aucun souvenir (elle avait 14 mois quand elle l’a perdue), elle n’a rien pu m’en raconter. La seule chose qu’elle me disait, c’est qu’elle Ă©tait institutrice, sauf que c’est ce qu’on lui a fait croire #FakeNews. En rĂ©alitĂ©, elle Ă©tait employĂ©e des Postes du Maroc.
 
Au-delĂ  des rares trĂšs vieilles photos existantes dont j’ai hĂ©ritĂ©es, tout ce que je sais de ma grand-mĂšre maternelle se rĂ©sume aux maigres informations que j’ai pu glanĂ©es depuis que je me suis lancĂ©e dans ma gĂ©nĂ©alogie…
 
Aussi bĂȘte que cela puisse paraĂźtre, ma premiĂšre dĂ©couverte concerne sa naissance. J’ai ainsi appris qu’elle Ă©tait de sang mĂȘlĂ©, nĂ©e en 1924 Ă  Oran en AlgĂ©rie, d’une mĂšre israĂ©lite prĂ©nommĂ©e Djohar (bien que ma maman ait connue sa grand-mĂšre jusqu’Ă  son adolescence, elle ignorait qu’en rĂ©alitĂ© son prĂ©nom Ă©tait Djohar, car tout le monde l’appelait Pierrette) et d’un pĂšre, Gaston, personnage Ă©nigmatique et charismatique, Agent Public du MinistĂšre Marocain des Travaux Publics de son Ă©tat, et artiste lyrique autoproclamĂ©.
Pépé Gaston
Mémé Djohar, dite Paulette
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pépé Gaston et mémé Djohar ont vu le jour et se sont unis à Oran en Algérie.
 
PĂ©pĂ© Gaston est pied-noir, fils d’un pĂšre français nĂ© Ă  Marseille (un gigolo devenu bigame, comme je le raconte plus loin) et d’une mĂšre franco-espagnole native de Madrid fruit d’un amour illĂ©gitime.
 
MĂ©mĂ© Djohar est issue d’une lignĂ©e israĂ©lite algĂ©rienne, dont une partie Ă©tait originaire de Tetouan au Maroc. Le peu que j’ai pu reconstituer de cette branche d’ancĂȘtres m’a donnĂ© beaucoup de fil Ă  retordre avec les noms et prĂ©noms pour le moins exotiques et leurs retranscriptions phonĂ©tiques (laborieuses et fantaisistes) dans les registres par les officiers d’Ă©tat civil !
 
Ils se sont mariĂ©s civilement (bizarrement, je n’ai retrouvĂ© aucune trace d’un quelconque mariage religieux, ni d’aucune conversion confessionnelle, ceci expliquant sans doute cela…), puis ont migrĂ© au Maroc pour une raison qui m’est inconnue. Ils le quitteront pour partir s’installer dans le sud de la France. Je ne sais pas exactement quand, je situe leur ultime migration entre 1956 (annĂ©e oĂč ma mĂšre, enfant, est arrivĂ©e en France) et l’Ă©tĂ© 1962 (d’aprĂšs le recensement militaire mentionnĂ© sur la fiche matricule de pĂ©pĂ© Gaston).
À partir de cette Ă©poque, ma mĂšre allait rĂ©guliĂšrement chez ses grands-parents, les tensions s’Ă©tant manifestement apaisĂ©es avec le temps… Jusqu’au dĂ©cĂšs de mĂ©mĂ© Djohar pour lequel ma mĂšre a pour ainsi dire tenu pour responsable pĂ©pĂ© Gaston, dont elle disait avoir dĂ©couvert son vrai visage, l’accusant d’avoir Ă©tĂ© si odieux avec elle qu’il l’aurait poussĂ©e au suicide. Officiellement, mĂ©mĂ© Djohar est tombĂ©e accidentellement par une fenĂȘtre Ă  l’Ă©tage de leur maison.
 
Mes arriĂšre-grands-parents Gaston et Djohar n’ont donc eu que deux enfants Ă  onze ans d’intervalle (choses inhabituelles Ă  une Ă©poque oĂč la “norme” Ă©tait plutĂŽt d’avoir beaucoup d’enfants trĂšs rapprochĂ©s) : mamie Olga et un garçon mort Ă  l’Ăąge de 10 ans Ă©crasĂ© par une voiture.
mamie Olga
 
Pendant des lustres, mes recherches gĂ©nĂ©alogiques sont restĂ©es bloquĂ©es Ă  ce stade. Je n’aurais jamais rien su d’autres s’il n’y avait pas eu la magie d’internet et les petits miracles qu’il permet d’accomplir parfois…
Il paraĂźt que le hasard n’existe pas…
 
Un beau jour, dĂ©but 2005, Ă  peine quelques semaines aprĂšs m’ĂȘtre inscrite sur une plateforme de recherches gĂ©nĂ©alogiques, j’ai retrouvĂ© une petite-cousine, dont le prĂ©nom a une consonance russe comme “Olga” (un mystĂšre d’ailleurs ce choix de prĂ©nom, aucune racine d’origine slave n’a jamais Ă©tĂ© identifiĂ©e dans notre ascendance). C’Ă©tait tellement improbable que j’ai eu beaucoup de mal Ă  y croire ! Non seulement sa grand-mĂšre Ă©tait la cousine germaine de mamie Olga, mais en plus nos mamies se frĂ©quentaient vraiment, Ă©taient trĂšs liĂ©es et trĂšs complices. Et le plus incroyable c’est que sa grand-mĂšre Ă©tait toujours en vie !
Durant l’Ă©tĂ© de cette fameuse annĂ©e 2005, j’ai alors pris mon courage Ă  deux mains et, avec l’accord de cette petite-cousine providentielle, j’ai Ă©crit Ă  sa grand-mĂšre, ĂągĂ©e et fatiguĂ©e, qui vivait en maison de repos.
AussitĂŽt aprĂšs, j’ai reçu deux courriers : une rĂ©ponse laconique de cette mamie Ă©crite par l’un de ses fils, et puis une longue lettre, Ă  laquelle je ne m’attendais pas du tout, envoyĂ©e par un autre de ses fils (le papa de cette petite-cousine tombĂ©e du ciel) qui avait quelques souvenirs d’enfance, lointains mais trĂšs prĂ©cis, de mamie Olga qu’il avait connue en chair et en os !
 
La lecture de ces deux tĂ©moignages inestimables, aussi succincts soient-ils, ont eu sur moi l’effet d’une Ă©norme dĂ©ferlante me submergeant mais comblant, enfin, un gouffre…
Depuis ces jours bĂ©nis oĂč ma bonne Ă©toile gĂ©nĂ©alogique m’a souri, je sais dĂ©sormais que ma mamie Olga Ă©tait une petite femme ronde, remplie de bonne humeur, dĂ©bordante d’Ă©nergie et ne tenant pas en place, dont le rire trĂšs communicatif, rĂ©vĂ©lateur d’un bonheur intense, marquait les esprits. Elle a Ă©tĂ© une enfant puis une jeune fille toujours heureuse et trĂšs gaie, qui aimait beaucoup chanter et qui adorait danser. Elle a d’ailleurs rencontrĂ© papy Banditto en dansant Ă  l’occasion d’un bal Ă  Port-Lyautey. (ce n’est pas franchement trĂšs original, mais bon, Ă  l’Ă©poque, c’Ă©tait souvent comme ça que les couples se rencontraient. Les bals Ă©taient en quelque sorte les speed-dating et autres sites de rencontres d’alors…)
 
Tout ceci peut paraĂźtre anecdotique, mais Ă  mes yeux ça veut dire beaucoup, car cela m’explique d’oĂč peuvent bien me venir ces traits de caractĂšres que je ne voyais chez personne dans la famille que j’ai connue…
Mamie Olga ♄
 
 

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Je termine cette saga d’ancĂȘtres voyageurs avec un bouquet final.
Le fruit de mes dĂ©cennies de recherches sur ces personnages hauts en couleurs est lacunaire (pas assez “rĂ©cent” pour avoir pu recueillir un quelconque tĂ©moignage oral), mais les quelques pĂ©pites que j’ai dĂ©couvertes, en fouillant de fond en comble les archives auxquelles j’ai pu accĂ©der, valent leur pesant de cacahuĂštes.
 
Mamie Olga avait comme grands-parents paternels un pépé marseillais, Félix, et une mémé au doux prénom hispanique de Maria del Pilar.
 
PĂ©pĂ© FĂ©lix est restĂ© trĂšs trĂšs trĂšs longtemps insaisissable, faute d’informations prĂ©cises pour pouvoir chercher. Jusqu’au fameux jour oĂč j’ai fait la connaissance de la petite-cousine providentielle. Elle dĂ©tenait un indice, vague mais capital : elle avait entendu dire dans sa famille que pĂ©pĂ© FĂ©lix et mĂ©mĂ© Maria del Pilar s’Ă©taient mariĂ©s Ă  Alicante en Espagne.
Ni une ni deux, j’ai remuĂ© ciel et terre pendant des mois pour, finalement, rĂ©ussir Ă  retrouver leurs actes de mariage espagnols (civil et religieux). Petit miracle que j’attribue Ă  ma bonne Ă©toile gĂ©nĂ©alogique, une fois de plus…
 
C’est Ă  partir de lĂ  que, petit-Ă -petit, j’ai dĂ©couvert que la vie de pĂ©pĂ© FĂ©lix fut… comment dire… olĂ©-olĂ© !
 
Un beau jour, pour une raison non identifiée, Félix quitte Marseille, sa ville natale, et disparaßt des écrans radars.
Avant de remettre la main dessus en Espagne, sans savoir comment ni pourquoi il est parti lĂ -bas, je le retrouve totalement par hasard (encore une fois grĂące Ă  la petite-cousine tombĂ©e du ciel) Ă  Lyon oĂč il devient un gigolo en Ă©pousant, Ă  l’Ăąge de 25 ans, une riche veuve de 39 ans avec dĂ©jĂ  trois enfants.
PĂ©pĂ© FĂ©lix et sa cougar n’auront pas d’enfants ensemble.
Le couple disparait Ă  nouveau pour je-ne-sais-quelle raison (c’est Ă  croire que pĂ©pĂ© FĂ©lix Ă©tait en cavale, fuyant quelqu’un ou quelque chose).
Je les retrouve ensuite vivant Ă  Nantes, mais briĂšvement. La cougar y a manifestement Ă©tĂ© abandonnĂ©e car, la mĂȘme annĂ©e, coup de thĂ©Ăątre, pĂ©pĂ© FĂ©lix se marie en Espagne… alors qu’il est toujours mariĂ© en France !
Au bout de cinq ans d’absence du mari volatilisĂ©, la cougar finit par obtenir un jugement de divorce dans lequel il est indiquĂ© que pĂ©pĂ© FĂ©lix a Ă©tĂ© activement recherchĂ© par des huissiers afin de le convoquer pour qu’il assiste Ă  son jugement de divorce, mais personne ne l’a trouvĂ©.
Et pour cause… Pendant que les autoritĂ©s françaises sont Ă  ses trousses, pĂ©pĂ© FĂ©lix, bigame assumĂ©, se la coule douce Ă  Alicante avec sa nouvelle dulcinĂ©e espagnole nĂ©e Ă  Madrid. OlĂ© !
 
PĂ©pĂ© FĂ©lix et mĂ©mĂ© Maria del Pilar eurent leurs cinq premiers enfants Ă  Alicante, avant de mettre les voiles pour l’AlgĂ©rie oĂč ils s’installeront Ă  Oran, et oĂč quatre autres enfants naquirent (dont mon pĂ©pĂ© Gaston, le mari de Djohar).
MalgrĂ© les annĂ©es, ses dĂ©boires judiciaires ne semblent pas s’ĂȘtre Ă©teints : sur l’acte de naissance d’un de ses enfants en AlgĂ©rie, une mention a Ă©tĂ© rajoutĂ©e en bas de l’acte :  « recherchĂ© par gendarmes »… Mais pour quel motif ? L’Ă©pisode du divorce et de la bigamie pendant cinq ans remonte alors Ă  15 ans en arriĂšre, difficile de penser que ce peut ĂȘtre encore pour cette raison.
 
Pour la petite anecdote, parmi les neuf enfants du couple que j’ai pu identifier, le fils aĂźnĂ© a hĂ©ritĂ© des gĂšnes du voyageur. D’aprĂšs son livret militaire, aprĂšs les quatre ans passĂ©s dans l’armĂ©e en tant qu’engagĂ© volontaire, il migre vers l’Angleterre et reste quelques mois Ă  Liverpool. Puis il remet les voiles direction Bordeaux. Un an plus tard, il repart, pour la Belgique cette fois, oĂč il vivra Ă  Anvers une petite annĂ©e, avant de finalement revenir en France pour s’installer et se marier Ă  Dunkerque. Son dernier domicile connu est Ă  Casablanca au Maroc, pour un retour aux sources probablement puisque c’est lĂ -bas que vivait sa mĂšre, mĂ©mĂ© Maria del Pilar.
 
 
AprĂšs le dĂ©cĂšs de pĂ©pĂ© FĂ©lix Ă  Oran en AlgĂ©rie, mĂ©mĂ© Maria del Pilar s’exila avec la plupart de ses enfants au Maroc, oĂč elle finira sa vie Ă  Casablanca.
 
MĂ©mĂ© Maria del Pilar a donc Ă©pousĂ© un polygame (le savait-elle seulement ? Il est permis d’en douter…). Mais le comble c’est que son propre pĂšre, Jean-François, l’Ă©tait aussi !
 
PapĂ© Jean-François, natif d’Agen, Ă©tait un ingĂ©nieur civil français, expatriĂ© en Espagne pour concevoir le canal de l’Ebro et pour participer au projet de construction d’un tronçon de voie ferrĂ©e.
Bien que dĂ©jĂ  mariĂ© et pĂšre de famille en France, il a plaquĂ© sa femme et ses trois enfants Ă  Agen pour partir refaire sa vie (sans divorcer, ni se marier une autre fois) avec une espagnole, Maria DolorĂšs, native d’Alicante qui, pour sa part, a eu des enfants lĂ©gitimes et illĂ©gitimes, nĂ©s dans des rĂ©gions diffĂ©rentes, avec deux autres pĂšres diffĂ©rents, en plus de ceux qu’elle a eus avec papĂ© Jean-François.
D’ailleurs, Ă  ce propos, il y a embrouille sur l’identitĂ© rĂ©elle des pĂšres d’aprĂšs l’ordre de naissance des deux premiĂšres fournĂ©es d’enfants… Je ne pourrai sans doute jamais dĂ©nouer de maniĂšre certaine ce sac de nƓuds, mais mon petit doigt me dit qu’il y a eu forcĂ©ment tromperie sur les dĂ©clarations de naissance des marmots.
Explication par l’exemple (attention, il faut se concentrer pour pouvoir suivre le mic-mac) : mamĂ© Maria DolorĂšs se marie une premiĂšre fois Ă  Alicante en novembre 1853 avec un certain JosĂ©. ProblĂšme : d’aprĂšs un recensement de l’Ă©poque, elle accouche seulement quatre mois plus tard, en mars 1854, Ă  plus de 400 kms de lĂ , Ă  Madrid, d’une petite DolorĂšs portant le nom de… papĂ© Jean-François dĂ©clarĂ© comme Ă©tant le pĂšre !?!?
Je retrouve, plus tard, le mariage Ă  Alicante d’une DolorĂšs dite nĂ©e Ă  Madrid vers 1855, dont la mĂšre est bien mamĂ© Maria DolorĂšs mais dont le nom de famille, cette fois, est celui du pĂšre dĂ©clarĂ© dans l’acte, Ă  savoir le premier mari dĂ©laissĂ© JosĂ© !?!?
Mon instinct me pousse Ă  penser que ces deux petites DolorĂšs ne sont en rĂ©alitĂ© qu’une seule et mĂȘme personne. J’imagine que mamĂ© Maria DolorĂšs, tout juste mariĂ©e et enceinte, aurait suivi papĂ© Jean-François direction Madrid. Une fois lĂ -bas, lorsqu’elle a accouchĂ©, comme elle vivait illĂ©gitimement avec papĂ© Jean-François, elle a jugĂ© plus “pratique/convenant” de dĂ©clarer son bĂ©bĂ© comme Ă©tant la fille de papĂ© Jean-François. Comme personne ne la connaissait lĂ -bas, il Ă©tait impossible de dĂ©couvrir le pot aux roses….
Deux ans plus tard, dans une autre rĂ©gion, mamĂ© Maria DolorĂšs donne naissance Ă  un garçon dĂ©clarĂ© nĂ© de pĂšre inconnu. Sauf que ce garçon se retrouvera plus tard identifiĂ© avec le nom de famille de papĂ© Jean-François, patronyme que le jeune homme transmettra aux huit enfants qu’il aura Ă  son tour.
C’est quand mĂȘme bizarre. Elle vit toujours dans le pĂ©cher avec papĂ© Jean-François, puisque durant les quatre annĂ©es suivantes, le couple aura un autre garçon, encore dans une autre rĂ©gion, ainsi qu’une derniĂšre fille, mĂ©mĂ© Maria del Pilar.
 
 
Papé Jean-François mourra à Madrid, à peine plus de deux ans aprÚs la naissance de mémé Maria del Pilar.
AprĂšs quoi, mamĂ© Maria DolorĂšs retournera dĂ©finitivement vivre Ă  Alicante oĂč elle s’y mariera une derniĂšre fois et y aura un ultime enfant, avant de s’y Ă©teindre Ă  seulement 44 ans.
 
 
Et moi, je descends de l’arbre de cette sacrĂ©e branche familiale de pigeons voyageurs, dont certains ont Ă©tĂ© des oiseaux migrateurs plutĂŽt volages…
 
Avec une telle histoire familiale, on pourrait penser que j’ai hĂ©ritĂ© du “gĂšne du voyage” dĂ©couvert rĂ©cemment par des scientifiques (ils estiment qu’environ 20% des gens seraient porteurs). Et bien… pas du tout ! Et mĂȘme si j’ai appris un jour, avec stupĂ©faction, que mes parents avaient envisagĂ© de s’expatrier par bateau en Australie (mais ça, c’Ă©tait avant que je ne dĂ©barque sur Terre et que j’envahisse leur vie), je n’ai jamais spontanĂ©ment ressenti l’envie/le besoin de partir vivre ailleurs. Ce qui ne m’a pourtant pas empĂȘchĂ© de le faire Ă  mon tour… C’Ă©tait en 1994/1995 pour une parenthĂšse expatriĂ©e au SĂ©nĂ©gal en Afrique. Et ce fut une sacrĂ©e aventure, dont j’ai enfin commencĂ© Ă  en raconter des tranches de vie afin de laisser un tĂ©moignage pour mes gĂ©nĂ©rations futures…
 
 

 

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